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Défis de mise en œuvre et réussites d’un projet Ag4Nut mené dans l’est du Burkina Faso

Par Marcellin Ouedraogo, Régina Khassanova et Fanny Yago-Wienne

Marcellin Ouedraogo a été en charge des projets de sécurité alimentaire chez Helen Keller International Burkina Faso depuis 2009. Il supervise actuellement la mise en œuvre quotidienne du projet CHANGE et de plusieurs autres projets Ag4Nut.

Régina Khassanova est responsable de programmes de nutrition à Helen Keller International Burkina Faso et assure le renforcement de la qualité de toutes les activités liées à la nutrition. Elle a rejoint HKI en 2008 et dispose d’une vaste expérience en matière de gestion communautaire de la malnutrition aiguë.

Fanny Yago-Wienne est la Directrice nationale à Helen Keller International Burkina Faso. Elle a rejoint HKI en 2010 et dispose d’une large expérience en matière de mise en œuvre de projets de développement de la santé, notamment dans le domaine de la nutrition.

Les auteurs relèvent l’appui apporté par le Ministère canadien des affaires étrangères et du Commerce et du Développement (MAECD), l’Agence américaine de Développement international/Bureau de l'aide étrangère aux sinistrés (USAID/OFDA), l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) pour la gestion de la section de recherche et l’Association d’Appui et de Promotion Rurale du Gulmu (APRG), une organisation communautaire locale qui a contribué à la mise en œuvre à l’échelon communautaire. 

L’ENN s’étend grâce à Translators without Borders (Traducteurs sans frontières) qui traduisent cet article.

Lieu: Burkina Faso

Ce que nous savons : La dénutrition continue de constituer un important problème de santé publique au Burkina Faso. Des interventions étayées sont requises pour permettre une programmation efficace.

Ce que cet article ajoute : Un projet de production alimentaire de subsistance et mené par HKI au Burkina Faso (CHANGE) qui s’adresse aux femmes est actuellement étudié dans le cadre d’un essai contrôlé randomisé sur trois ans. Les groupes expérimentaux comprennent l’ajout d’un changement de comportement en termes d’approvisionnement en eau, d’assainissement et de santé (WASH) et la distribution préventive de compléments alimentaires à base des lipides aux enfants âgés de 6 à 23 mois. Les expériences tirées de la ferme modèle de village (FMV) indiquent une bonne adhésion communautaire et une plus grande diversité d’aliments produits et consommés, y compris la hausse de la consommation d’aliments riches en vitamine A et d’origine animale parmi les enfants. Les défis sont liés à l’accès à l’eau, l’accès légal des femmes à la propriété terrienne, aux taux élevés d’analphabétisme et le développement durable. Les résultats d’un essai contrôlé randomisé seront disponibles en décembre 2016.

Context

La dénutrition continue de constituer un important problème de santé publique au Burkina Faso. Conformément à l'enquête SMART de 2014, 8,6 % des enfants souffrent de malnutrition aiguë et 29,1 % souffrent de malnutrition chronique. La situation est d’autant plus inquiétante dans la région orientale (9,4 % d'émaciation et 37,7 % de retards de croissance. Les carences en micronutriments sont particulièrement alarmantes : 61,9 % des femmes en âge de procréer et 83,4 % des enfants sont anémiques (ENIAB, 2014). De plus, il est estimé que 7 % (EDS, 2003) des femmes enceintes souffrent de cécité nocturne et qu’entrain 26,8 % (Aguayo et Baker, 2005) et 46,1 % (Initiative pour les micronutriments/UNICEF, 2004) des enfants de moins de cinq ans sont atteints d’une carence en vitamine A.

Afin de résoudre cette situation, HKI s’engage depuis 2009 dans le cadre d’un projet Ag4NUT[1] contribuant à l’élaboration de stratégies de production alimentaire pour une amélioration de la nutrition de la région. Le projet CHANGE (Création d’une agriculture de subsistance pour la nutrition et l’égalité des genres) financé par le MAECD est actuellement mis en œuvre dans 60 villages. Afin d’évaluer le modèle, le programme est mis en œuvre sous la forme d’un essai contrôlé randomisé par groupe évalué en externe par l’IFPRI. L’objectif de cette étude consiste à évaluer l’impact à long terme du Programme de renforcement de la production alimentaire de subsistance (E-HFP) mis en œuvre par HIK sur la sécurité alimentaire et le statut nutritionnel des ménages, ainsi que l’impact de l’inclusion d’interventions additionnelles (communication sur le changement de comportement en faveur de pratiques WASH optimales, compléments alimentaires à base de lipides distribués à titre préventif aux enfants âgés de 6 à 23 mois) en plus du modèle RPAS standard (voir www.clinicaltrials.gov pour obtenir de plus amples détails). Le but est donc d’appliquer une approche multisectorielle afin d’éliminer simultanément une variété d’obstacles à une bonne santé et une nutrition de qualité. L’étude aura lieu de mars 2014 à juin 2016. Les conclusions basées sur des données probantes seront exploitées pour améliorer la poursuite de la conception et la mobilisation le plaidoyer avec des organisations partenaires et le gouvernement. Cet article publie les expériences tirées du programme jusqu’à présent.

Approche de renforcement de la production alimentaire de subsistance (RPAS)

L’approche RPAS a pour objectif d’améliorer le statut nutritionnel des femmes et des enfants par la production alimentaire de subsistance et le changement de comportement sur les actions essentielles en faveur de la nutrition et de l’hygiène (voir Encadré 1). Une FMV a été créée dans le village qui sert de plate-forme pour les femmes bénéficiaires. Toutes les femmes ayant un enfant de moins de 5 ans peuvent y participer. La FMV est utilisée afin d’acquérir des techniques optimisées de jardinage et d’élevage de petits animaux et d’en savoir plus à propos des bonnes pratiques de nutrition et d’hygiène ainsi que des recettes pour les nouvelles cultures. Des sessions sont animées par des fermiers responsables et des agents communautaires masculins et féminins. Ce projet promeut les accords communautaires formels afin d’assurer l’accès des femmes à la propriété terrienne pour la FMV et de sensibiliser les hommes aux avantages potentiels. Par conséquent, les femmes se voient attribuées un contrôle à long terme d’une parcelle de terre au sein de la communauté et sont aidées par les hommes et les responsables communautaires.

Quatre fermières responsables de village (FRV) sont choisies par chaque village. HKI forme ces fermières responsables aux techniques optimisées d’agriculture, d’élevage d’animaux, de santé, de nutrition et d’hygiène. Les fermières responsables partagent ensuite leurs connaissances avec environ 40 autres femmes bénéficiaires organisées au sein de groupes de femmes et surveillées par un personnel de terrain affecté au projet. HKI fournit les outils, l’infrastructure nécessaire, telle que les clôtures, les kits de démarrage composés de graines et de matériel de plantation, avec des poules et un coq afin d’établir une FMV. L’objectif ultime consiste pour chaque ferme à devenir auto-suffisante et à obtenir ces produits sans aide du projet dans les deux ans. Chaque FRV dispose d’une petite parcelle au sein de la parcelle communautaire et les produits qu’elle en tire lui appartiennent. Les produits provenant de la parcelle commune sont utilisés à des fins de cours de cuisine, de production et de vente de graines (les recettes sont épargnées sur un compte destiné à couvrir les charges en cours).

 

Lorsqu’elles maîtrisent les nouvelles techniques de production, les femmes bénéficiaires sont encouragées à établir un jardin individuel et à appliquer ces techniques au niveau domestique. Celles ayant établi des jardins individuels disposent d’aliments frais et riches en micronutriments pendant presque toute l’année et là proximité du domicile pour la plupart d’entre eux. Les produits consommés incluent les légumes à feuilles vert foncé (épinards et autres feuilles traditionnelles, corète potagère, baobab), carottes, patates douces à chair orange (PDCO), haricots, sésame, moringa, gombo et œufs. Les fermières responsables et d’autres bénévoles formés, tels que les grands-mères (qui ont une importante influence sur les pratiques de garde d’enfants au sein de ces communautés) continuent d’apporter leur aide aux femmes en réunissant des groupes de discussion sur la nutrition et l’hygiène. Ils réalisent aussi des visites à domiciles afin de contribuer à des changements minimes et réalisables en termes de pratiques de nutrition et d’hygiène adaptés à la réalité, aux aspirations et aux besoins des ménages.

L’approche d’assainissement total piloté par la communauté (ATPC)  est aussi exploitée afin d’améliorer l’assainissement et les pratiques d’hygiène communautaires (voir www.communityledtotalsanitation.org pour obtenir de plus amples informations). L'ATPC, développée pour la première fois par Kamal Kar au Bangladesh en 1999, est une méthodologie de mobilisation des communautés afin de mettre fin à la défécation en plein air, un élément clé dans le cycle de propagation des maladies de la contamination par voie fécale-orale. La simple mise à disposition de toilettes ne garantissant pas leur utilisation, l'ATPC se concentre sur le changement de comportement requis pour assurer un changement durable dans la pratique. Cela est rendu possible par une série d’activités de sensibilisation afin de dégoûter les gens à propos de la défécation en plein air et de pousser une communauté à entreprendre un changement collectif. Des comités d’hygiène sont créés et les agents chargés de l’hygiène et identifiés par les communautés réalisent des visites externes et à domicile au cours desquelles ils demandent aux ménages de prendre des mesures, comme la construction de latrines et de stations de lavage de mains tout en renforçant l’importance du lavage des mains.

Dans l’un des quatre bras expérimentaux de l’essai contrôlé randomisé (nouveau RAPS ; ancien RPAS + WASH ; nouveau RPAS + WASH ; ancien RPAS + WASH + distribution de compléments alimentaires à base de lipides (les anciens RPAS correspondent à d’anciens projets mis en œuvre depuis 2010, tandis que les nouveaux RPAS correspondent à ceux mis en œuvre depuis 2013)), HKI fournit aussi des compléments alimentaires à base de lipides dans 15 villages à tous les enfants âgés de 6 à 23 mois pendant une durée de 18 mois (lancement à 6 mois et poursuite jusqu’à 23 mois). Cette approche est actuellement testée sur la base de l’expérience selon laquelle les approches reposant sur la nourriture risquent de ne pas suffire à réduire le lourd fardeau des carences en micronutriments, notamment l’anémie. Chaque année, les enfants bénéficiaires reçoivent une ration de compléments alimentaires à base de lipides à raison d’un sachet de 20 g par jour. La distribution a lieu à l’échelon de la communauté mais est supervisé par les agents de santé du centre sanitaire le plus proche. Au cours des distributions, la malnutrition aiguë est dépistée chez les enfants et les cas suspectés sont réorientés auprès du centre de santé en vue de leur diagnostic et de leur traitement si nécessaire. De plus, ces événements sont aussi l’occasion de renforcer à nouveau les messages de nutrition et d’organiser des démonstrations de recettes à base d’aliments complémentaires riches en nutriments provenant du jardin et d’autres ingrédients localement disponibles.

Afin de garantir le haut niveau de qualité des résultats obtenus, les activités sont régulièrement supervisées par des agents de terrain de HKI et des agents d’organisations communautaires, ainsi que par des organismes gouvernementaux en charge de l’agriculture, de la santé et de l’élevage d’animaux formés par HKI. Ces partenaires participent aussi activement au comité en charge du pilotage du projet qui se réunit chaque trimestre.

Leçons apprises et réussites

Le suivi actuel suggère que le projet CHANGE contribue à l’augmentation de la production d’aliments nutritifs et à l’amélioration des pratiques nutritionnelles, qui à leur tour devraient améliorer l’état de nutrition et la santé des ménages participants. Le renforcement des liens entre l’agriculture et la nutrition constitue un objectif explicite du modèle et est assuré par les fermières responsables de village et les grands-mères. Après près de trois ans de mise en œuvre, les résultats suivants ont été obtenus :

Au total, 2494 bénéficiaires ont été formées à l’amélioration des techniques de jardinage et d’élevage d’animaux par l’intermédiaire de 60 FMV établies au cours d’une phase antérieure. Le personnel du projet et ses partenaires ont soutenu les FRV locales, les agents de santé communautaires et les grands-mères afin de leur permettre d’atteindre plus que les 2000 femmes bénéficiaires chaque année à l’aide d’Actions essentielles en nutrition et en hygiène (ENA-EHA) en utilisant la ferme modèle comme une plate-forme permettant de réunir, de débattre et d’encourager les participants à mettre en œuvre leurs connaissances nouvellement acquises à la maison. Plus de 2700 potages ont été créés dans la zone du projet, ce qui a permis d’étendre la disponibilité de légumes frais riches en micronutriments de seulement trois mois à presque toute l’année.

 

Salmata Zidwemba, une fermière bénéficiaire du village de Kalwatinga : « À la saison sèche [lorsque peu de légumes sont disponibles], je lui ai préparé un plat à base de légumes frais provenant de mon jardin. Impressionnée, elle y a goûté avant de me demander comment je faisais pour avoir tous ces légumes à la saison sèche. C’est ce qui l’a convaincue de visiter mon jardin et d’apprendre à en faire de même. »

 

Le projet met l’accent sur des techniques de production sûres et durables, y compris l’usage de bio-pesticides et d’engrais organiques pouvant être produits à partir d’ingrédients facilement disponibles au sein de ces communautés. Il fournit également des systèmes d’irrigation au goutte-à-goutte afin de diminuer la charge de travail des femmes et d’épargner les ressources en eau. Comme Sana Azaratou, l’une des femmes bénéficiaires du village d’Abaza, a rapporté à la suite de la formation : « les engrais organiques, c’est très important ! Mon sol est pauvre et les cultures ne poussent pas bien sans. »

Les activités de ce projet attirent l’attention d’autres membres de la communauté. Le personnel du projet a noté des transferts vers les ménages non bénéficiaires à la fois dans les villages où le projet intervient et dans les villages où il n’est pas présent. Ces ménages ont commencé à faire pousser des légumes chez eux et à nourrir leurs enfants avec des aliments plus variés et nutritifs, améliorant ainsi les pratiques nutritionnelles. Ils ont également décidé de créer des potages après avoir défini des parcelles de leur propre initiative et avoir demandé à bénéficier de la formation afin de les aider à obtenir une production correcte. Par conséquent, HKI a mobilisé des ressources et a fourni une formation à 1200 femmes supplémentaires. Cet effet est particulièrement encourageant et suggère que le projet satisfait un besoin ressenti au sein de ces communautés.

Les données de suivi du projet suggèrent aussi que les ventes des produits en surplus ont permis aux mères d’améliorer le régime alimentaire de la famille par l’achat d’aliments à forte valeur ajoutée qui ne sont pas produits dans le jardin ou de couvrir d’autres dépenses essentielles, telles que les frais de santé ou de scolarité. Cette initiative a aussi renforcé l’influence des femmes sur les décisions importantes concernant le ménage. La culture de PDCO, particulièrement riches en bêta carotène est encouragée par HKI et d’autres afin de résoudre la carence en vitamine A, semble augmenter dans les jardins familiaux et les FMV. De nombreux ménages possèdent maintenant plus de 20 poulets et donnent des œufs à manger aux jeunes enfants : conformément aux dernières données de suivi, environ 80 % des enfants de moins de 5 ans consomment régulièrement des œufs. Les données de suivi affichent aussi que 92 % des femmes avaient consommé des légumes feuillus, 92 % des enfants avaient consommé des produits carnés et avicoles et 65 % des enfants avaient mangé des fruits et d’autres légumes riches en vitamine A au cours des sept derniers jours. Il semble aussi que les recettes générées par la vente du surplus permettent aux femmes de gagner en autonomie en termes de dépenses en faveur de la santé et de l’éducation des enfants.

Les résultats actuels des activités ATPC sont aussi très encourageants. L’approche est menée dans 45 villages par des membres de comités d’hygiène formés par HKI et chargés de suivre la construction de latrines et de promouvoir les bonnes pratiques d’hygiène au sein de la communauté. Djaneiba Naba, directeur de l’un de ces communautés l’explique : « Pour moi, rien n’est difficile à changer, il existe juste des choses que nous ignorons pour le moment. C’est le cas des latrines. Nous pensions à l’époque que cela coûterait trop cher d’en construire. Maintenant que nous savons que c’est à notre portée, les hommes ont immédiatement commencé à creuser. Le reste viendra en temps voulu. »

L’approche ATPC a été intégrée à une approche d’agriculture contribuant à la nutrition afin de renforcer l’impact sur le statut nutritionnel des enfants. Les infections augmentent les besoins nutritionnels, tout en diminuant l’absorption de nutriments. L’entéropathie environnementale dans le cadre de laquelle une contamination par voie fécale-orale constante entraîne des altérations des intestins a un impact significatif sur les fonctions d’absorption et les fonctions immunologiques. Il est donc fondamental d’aborder les questions d’hygiène et de nutrition de manière simultanée afin d’obtenir les résultats escomptés.

Le suivi de résultats suggère la nécessité de faire plus d'efforts dans d’autres domaines, tels que l’alimentation de l’enfant malade et le contrôle intégré de l’anémie, simultanément à l’amélioration constatée des connaissances et des pratiques nutritionnelles. Les hommes semblent de plus en plus convaincus de la contribution des jardins familiaux à la santé de la famille et encouragent leurs femmes à poursuivre les activités de jardinage au cours de la saison des pluies, alors que la priorité est normalement donnée aux cultures de base. Les hommes contribuent aussi à l’investissement dans les poulaillers en matériaux plus durables.

Le projet est guidé par un comité de pilotage réunissant divers acteurs, y compris des représentants des directions régionales et provinciales de l’agriculture, de l’élevage d’animaux et de l’environnement, de promotion et de la santé des femmes ainsi que des organisations communautaires locales. Les réunions trimestrielles sont l’occasion de discuter des réussites et des défis et de définir des recommandations visant à améliorer la mise en œuvre du projet et à identifier des solutions à des problèmes liés au contexte local, de fournir des conseils et de prendre des décisions si nécessaire. Ces partenaires suivent aussi étroitement l’avancée des projets en effectuant des visites périodiques sur le terrain. Le mécanisme contribue au renforcement de l’appropriation du projet qui doit se poursuivre après l’achèvement de l’aide externe.

Défis

Le principal défi posé à la mise en œuvre d’un projet de nutrition tourné vers l’agriculture au Burkina Faso, et en particulier dans la région orientale, est l’accès à l’eau. L’eau est non seulement fondamentale pour les jardins, mais aussi pour une hygiène optimale. Si les jardins doivent être irrigués à la main à partir de sources éloignées, la charge de travail peut avoir des conséquences négatives involontaires sur la santé des femmes et de la famille. Les systèmes d’irrigation au goutte-à-goutte ne constituent qu’une solution partielle, étant donné que dans certaines régions, la quantité de boue dans l’eau génère des engorgements. Le sol dur et rocheux rend aussi le creusement de latrines plus ardu.

Une multiplication des approches s’avère nécessaire pour renforcer l’accès légal des femmes à la terre. Actuellement, les parcelles de jardin n’appartiennent pas aux femmes et peuvent donc être repris à tout moment. Des évolutions encourageantes en termes de normes communautaires ont été observées (Van den Bold, Pedehombga et al, 2013) mais il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine. Il est aussi important de rester vigilant afin de s’assurer que les responsabilités supplémentaires liées au jardinage ne sont pas aux dépens des activités de prise en charge des enfants. Il est encore plus délicat de réconcilier les objectifs de production et le bien-être des enfants au cours de la saison des pluies, lorsque les mères restent aux champs loin des établissements de santé, alors que le risque de paludisme et de diarrhée augmente. Au cours de la saison des pluies, la famille déménage afin de se concentrer sur la production d’aliments de base, ce qui complique les activités de formation et de changement de comportement ainsi que les distributions de compléments alimentaires à base de lipides étant donné la difficulté à joindre les bénéficiaires.

Les contributions des relais communautaires sont considérables. Néanmoins, les niveaux élevés d’analphabétisme posent d’importants défis au Burkina et la capacité d’apprentissage est limitée parmi les relais communautaires illettrés. Des images sont utilisées dans les aide-mémoires dans la mesure du possible, mais les concepts abstraits sont plus difficiles à comprendre et à maîtriser pour les bénévoles disposant d’un faible niveau d’alphabétisation. L’établissement de rapports de projet de routine est aussi souvent faible.

Pour finir, le développement durable continue de constituer un important défi dans le contexte local. Le projet a œuvré en faveur de la création d’un environnement propice à la coopération et du renforcement des capacités des individus et des institutions et cette expérience suggère que des résultats positifs peuvent être obtenus en impliquant des aides externes limitées. L’engagement permanent des autorités locales et la reconnaissance de leur contribution à la lutte contre la malnutrition sera cruciale à la transmission des activités clés du projet.

Conclusions

L’expérience au Burkina Faso démontre que l’intégration de la nutrition et de l’agriculture à un projet d’approche multistratégique et transversale constitue un ingrédient essentiel pour la lutte contre les déterminants multiples et étroitement liés de la sous-alimentation. Les données de suivi doivent être exploitées afin d’améliorer l’efficacité de telles interventions et les données d’évaluation produiront davantage d’éléments de preuve de ce qui fonctionne le mieux.

Pour plus d'informations, contacter Regina Khassanova, tél: +226- 25 36 00 23 or Marcellin Ouedraogo, tél: +226 25 36 00 23


Références

Aguayo V.M., & Baker S.K., (2005) Food and Nutrition Bulletin 26 (4): 348-355, Vitamin A deficiency and child survival in sub-Saharan Africa: A reappraisal of challenges and opportunities.

EDS, 2003. Enquête démographique et de Santé.

ENIAB, 2014. Enquête national d’iode et d’anémie.

Micronutient Initiative/UNICEF, 2004. Vitamins and minerals: A global damage assessment.

Van den Bold M., Pedehombga, A., et. al. (2013) IFPRI Discussion Paper 01315 Can integrated agriculture-nutrition programs change gender norms on land and asset ownership? Evidence from Burkina Faso.

 


Notes

1Un projet Ag4Nut cherche à réaligner des approches agricoles existantes et à en encourager de nouvelles afin de mieux satisfaire les besoins nutritionnels de la population cible.

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Marcellin Ouedraogo, Régina Khassanova et Fanny Yago-Wienne (2016). Défis de mise en œuvre et réussites d’un projet Ag4Nut mené dans l’est du Burkina Faso. Field Exchange 51, January 2016. p75. www.ennonline.net/fex/51/ag4nutprojetburkinafaso