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Réalisation des possibilités en termes de droits et de moyens de subsistance parmi les populations tribales dans l’Inde rurale.

Salomé Yesudas travaille comme consultante sur les systèmes alimentaires locaux et l'agriculture tenant compte de la nutrition auprès de plusieurs organisations; elle se spécialise dans les aliments non cultivés, les systèmes alimentaires à base de millet et les systèmes agricoles agrobio-diversifés.

L’auteur aimerait remercier Debjeet Sarangi, directeur général de Living Farms, et Bichitra Biswal, responsable de programme pour Living Farms, pour leur soutien dans la rédaction de cet article. L’auteur tient également à souligner l’appui de Welthungerhilfe India. Cet article s’appuie sur un contenu documenté dans un rapport d’avancement à mi-projet (Living Farms, 2014).

Lieu : Inde

Ce que nous savons: Les communautés marginalisées sont particulièrement vulnérables à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition.

Ce que cet article ajoute: Living Farms, un organisme bénévole actif en Inde, a travaillé auprès de 2 000 ménages tribaux dans 46 villages du district de Rayagada, Odisha, entre 2011 et 2017. L'organisme s'est concentré sur la santé, la nutrition, l’agriculture, la gestion des forêts et l'atténuation de la pauvreté. Les données de base révèlent une communauté pauvre, aux faibles niveaux d’alphabétisation et d’éducation, ayant peu d’accès aux régimes gouvernementaux de protection sociale, qui ne bénéficie que de peu de soins prénataux, qui affiche une mortalité infantile et juvénile excessive et au sein de laquelle la malnutrition aiguë et chronique est répandue. En travaillant avec le gouvernement et en tirant parti des pratiques et des savoirs traditionnels, des interventions ont entre autres permis de renforcer les institutions villageoises existantes, de créer des potagers, de promouvoir la diversité alimentaire et la biodiversité au moyen de l'agriculture et d'appuyer le recours aux aliments non cultivés. Un examen à mi-parcours (2014) a fait état d'améliorations, notamment d'un meilleur accès aux programmes et aux services de santé gouvernementaux et d'améliorations de la diversité alimentaire et des pratiques d’alimentation des nourrissons et des jeunes enfants. Les taux de mortalité et la prévalence de la malnutrition aiguë ont diminué au cours de la période du projet. Les facteurs de succès comprennent la collaboration intersectorielle entre les ministères et la mobilisation communautaire. Les défis comprennent le travail à l'intérieur des structures de puissances locales pour négocier des changements dans les services.

Living Farms est une organisation volontaire fondée en 2005 pour améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition parmi les agriculteurs marginalisés, les travailleurs agricoles sans terre, les communautés tributaires de la forêt et les adivasis (communautés indigènes et forestières) à Odisha, un état de l'Inde de l'Est sur la baie du Bengale. Odisha abrite certaines des communautés les plus pauvres du monde; ils sont particulièrement vulnérables à l'insécurité alimentaire et à la malnutrition. Environ 90 % des communautés avec lesquelles Living Farms travaille à Odisha vivent sous le seuil de pauvreté national (Welthungerhilfe & Living Farms, 2011). Cet article décrit l'expérience d'un des programmes de Living Farms opérant dans le district de Rayagada, Odisha, sur une période de six ans (2011-2017). Le district de Rayagada englobe une région d'une beauté naturelle et couvre une superficie de 7 073 km² (figure 1). La population du district est de 831 000 habitants (recensement de 2011), dont 86 % sont en milieu rural, et comprend de nombreuses races, cultures et langues. Le district comprend 2 667 villages et est divisé en 11 blocs de développement communautaire (BDC) à des fins administratives. Il a un taux d’alphabétisation de 64 % (72 % d’hommes ; 56 % de femmes), contre une moyenne nationale de 59.5 %. Le quartier est classé 465 sur 599 districts en Inde (US-India Policy Institute, 2015).

Figure 1 : Carte du District de Rayagada

 

Le programme de Living Farms

Le but du programme de Living Farms est d’améliorer les indicateurs importants liés à l'état de la sécurité, du revenu et de la nutrition des denrées. L'organisme adopte une approche holistique, abordant les questions liées à la santé, la nutrition, l’agriculture, la gestion des forêts et la lutte contre la pauvreté. Le programme Living Farms à Odisha est un programme d'une durée de six ans (de 2011 à 2017) qui maîtrise les croyances et l'agriculture traditionnelles. Les agriculteurs font pousser et entretiennent leurs propres semences (à l’aide des banques de semences) ; ils utilisent la « multiculture » traditionnelle (plutôt que les cultures de rente unique) et des engrais naturels et biologiques ; et ils commercialisent leurs propres produits. On soutient les communautés par l'intermédiaire d'ateliers, de programmes de sensibilisation, d'appui agricole technique, des journées de santé au village et de festivals alimentaires pour mettre en valeur les produits communautaires. Le programme travaille en étroite collaboration avec les fonctionnaires du plan de Services intégrés au développement des enfants (SIDE), les agents d’hygiène du département, les représentants des gouvernements locaux et les membres du Comité de gestion scolaire (CGS). 'Living Farms' a commencé à travailler avec environ 2 000 ménages tribaux dans 46 villages dans les BDC de Bissamcuttack et de Muniguda en 2011. Cet article décrit certains des domaines d’intervention principaux et les progrès d'un projet saisis à mi-parcours (2014)  ('Living Farms', 2014).

L'étude de base (2011)

Une enquête, effectuée auprès des ménages, sur l'alimentation et l’éducation a été entrepris dans le District de Rayagada entre le mois d’août et septembre 2011.  Cela a servi de base pour le projet 'Living Farms'. L’enquête a été réalisée par l’Institut de la statistique appliquée et du développement d'études ('Applied Statistics and Development Studies' IASDS), un institut de recherche situé en Inde, en partenariat avec 'Living Farms'. L'IASDS a fourni un appui technique dans la collecte de données, l'analyse, le compte rendu des conclusions et la rédaction et l'application des recommandations. Au total, 52 villages situés dans les BDC de Bissamcuttack et de Muniguda ont été couverts et tous les ménages ont été ciblés. Au sein des ménages, les groupes cibles étaient les femmes enceintes, les mères d’enfants âgés jusqu'à deux ans, les enfants de moins de cinq ans (pour l’état nutritionnel) et les enfants âgés de cinq à 14 ans (pour le niveau d’instruction).

L’étude confirme une population principalement tribale (à 92 %), avec une minorité composée du peuple Dalit1. Le ratio des sexes global chez les adultes était de :  1 091 femmes pour 1 000 hommes et chez les enfants :  943 filles pour 1 000 garçons (aucune explication n’est donnée au sujet de cette divergence entre les sexes dans le rapport d’étude). Les d’enfants âgés de moins de cinq ans représentent 8,5 %, bien en deçà des chiffres liés à la population générale (14 à 15 %) basé sur le taux de natalité donné par l'État. Le taux de mortalité infantile2 dans les 12 mois précédents était de 131 décès infantiles pour 1 000 (plus élevé que le taux de mortalité infantile du district qui est de 83 pour 1 000). La principale source d’eau dans la région vient des puits. Les principales sources de revenus sont le travail salarié (59,5 %) et l'agriculture (39 %), les personnes étant souvent impliquées dans les deux. Les migrations pour l’emploi sont faibles ; seules 293 migrations ont été signalées au cours des 12 derniers mois.

L'accès aux plans gouvernementaux a été évalué, y compris les cartes de rationnement, l'acte NREGA (National Rural Employment Guarantee Act)3 et les repas de midi de l'école. 93 % des 2 010 ménages possèdent une carte de rationnement du gouvernement. Cependant, la disponibilité des aliments issus des magasins de rationnement dans le cadre du plan de distribution publique (PDP) a été jugée médiocre ; 85 % des ménages déclarent n'avoir pas reçu de nourriture des magasins de rationnement au cours du dernier mois et 11,3 % n'ont jamais reçu de nourriture des magasins de rationnement. La NREGA a été déclarée presque non fonctionnelle. Plus de 58 % des répondants n'ont eu aucun travail même durant une seule journée et seulement 0,4 % des 1 340 ménages ayant participé au plan de la NREGA ont reçu un emploi d'une durée recommandée de 100 jours.

Il a été établi que le taux d'inscription scolaire est faible. Sur 1 873 enfants en âge d'aller à l'école, 65 % étaient inscrits à l'école (dont 54 % étaient des garçons et 46 % étaient des filles). Les facteurs majeurs qui découragent la fréquentation scolaire sont la taille de la famille, l'absence d'enseignants et la mauvaise qualité de l'enseignement. Sur les 69 % des écoles de la zone d'enquête qui se sont rapportées, un repas était servi le midi, composé de riz, de dhal, d'oeufs et de légumes. L'accès aux soins prénatals, aux soins de santé et aux services pour traiter la malnutrition aiguë n'a pas été évalué dans l'étude de référence.

L'état nutritionnel des femmes a été évalué en utilisant des mesures anthropométriques, y compris l'indice de masse corporelle (IMC) et la circonférence du bras (CB) (la CB n'était utilisée que pour les femmes enceintes). Sur 138 femmes enceintes interrogées, 19 (13,8 %) souffraient de malnutrition, avec une CB < 21 cm. Sur 285 mères ayant des enfants de moins de deux ans, 21 % avaient une CB de < 21 cm, dont la moitié (53 %) avaient un IMC de < 18,5.

L'état nutritionnel des enfants de moins de cinq ans (693 enfants) a été déterminé en utilisant l'écart z de la taille pour l'âge comme mesure du retard de croissance, du poids pour l'âge comme mesure de poids insuffisant, du poids pour la taille comme mesure d'émaciation et la circonférence du bras. Bien que la prévalence du retard de croissance ait été extrêmement élevée (75 % de retard de croissance, dont 55 % étaient gravement rachitique et 20 % modérément rachitique), une interprétation prudente est nécessaire en raison des défauts méthodologiques. La taille a été évaluée à l'aide d'un ruban de couture dans l'enquête de référence, ce qui, par conséquent, augmente considérablement l'imprécision des données. Une planche a été utilisée en 2014, ce qui aurait dû améliorer la précision des mesures, mais cette ces mesures ont limité la comparaison des données entre les études (voir le rapport d'étude de mi-trimestre de 2014).

Presque un quart des enfants (23 %) étaient émaciés (12 % sévèrement et 11 % modérément). Environ 62 % des enfants avaient un poids insuffisant (34 % sévèrement et 28 % modérément). L'analyse de régression logistique a révélé que le fait d'être dans la tranche d'âge entre 12 et 35 mois et d'être malade représentaient des facteurs de risque majeurs pour souffrir de malnutrition. L'analyse des tendances fondée sur l’âge seul a révélé que ce poids insuffisant commence à accélérer a partir de l’âge de huit mois jusqu'à atteindre un sommet entre le 12e et 13e mois.

Les activités du programme

Renforcement des institutions existantes dans les villages.

Le projet a permis à 46 kutumb4 d'accéder aux plans gouvernementaux (tels que le NREGA, les pensions de vieillesse et les systèmes de distribution publique solidifiés) et d'assurer la sécurité de la santé et l'alimentation parmi la communauté. Les Kutumb se réunissent une fois par mois pour discuter entre représentants de la communauté et pour faciliter les actions conjointes en matière d'agriculture, de santé et d'alimentation. Des jounées portant sur la santé et l'alimentation au village sont organisées à tous les mois pour promouvoir l’accès aux services de santé et d'alimentation. Durant ces journées, les enfants identifiés comme souffrant de malnutrition sont envoyés dans des Centres de réadaptation en Nutrition (CRN), afin de recevoir 15 jours de traitement, ajouté aux consultations nutritionnelles données aux mères, et aux suivis. Les parents bénéficient de tarifs de voyage préférentiel pour assister aux journées du village.

Les Groupes de droits des femmes (GDF) sont une autre importante institution de village soutenue par Living Farms, actifs dans la plupart des villages du projet. Les GDF se composent de femmes du village formées à la surveillance et à l’identification de la malnutrition et à l'envoi des cas de malnutrition aiguë sévère (MAS), à la programmation sur la santé maternelle et infantile (SMI) (notamment les soins prénatals, les accouchements et le soutien postnatal, le soutien à l’allaitement, la vaccination, la sensibilisation liée à la nutrition et l'éducation) et à l’accès à des plans alimentaires complémentaires.

L'évaluation des progrès de 2014 a identifié une progression positive. La CB était désormais évalué dans 86 % (19 sur 22) des Centres Anganwadi (AWCs)5; cet élément n’était pas mesuré auparavant. La mesure du poids et la surveillance de la croissance ont été mis en œuvre lors de 15 journée de la santé et de l'alimentation du village et la pesée et le test d'hémoglobine des adolescentes pratiquées lors de 18 de ces journées. L'utilisation du service s’est également améliorée en 2014 : 79 % (161 sur 205) des mères ont accédé au Janani Suraksha Yojana (JSY)6 en 2014 ; 99 % des mères avaient accédé au MAMATA Yojana7 (60 % en 2013 et 47 % en 2012) ; 93 % des femmes enceintes ont reçu une alimentation d’appoint des centres Anganwadi ; et 99 % des enfants ont reçu une immunisation complète durant l'année 2014. En ce qui concerne les pratiques d’alimentation et les soins, la présentation précoce de l’allaitement maternel a été pratiquée pour 93 % des nourrissons, 78 % des mères se lavaient les mains avant de nourrir leurs enfants et 74 % des nourrissons âgés de moins de six mois étaient allaités exclusivement au sein.

La promotion des jardins alimentaires

Un total de 1 012 agriculteurs sur 2 016 ménages dans 46 villages ont été soutenus dans le développement de jardins alimentaires dans leurs fermes, cultivant 14 variétés de plantes, y compris des fruits, des légumes verts, des tubercules et des épices. La plupart des agriculteurs ont utilisés leurs propres semences et n’ont pas utilisé d'engrais synthétiques ou de pesticides, mais des engrais organiques, qu'ils ont préparé en utilisant les ressources locales. Un examen à mi-parcours indique que, en moyenne, chaque ménage a récoltées et consommées 40 kg de légumes verts sur une période de 45 jours entre septembre et octobre 2014. Les jardins alimentaires ont été établies pendant la durée du projet dans les 12 écoles de village (sur un total de 28 écoles dans les villages ciblés). Les CGS et les membres de la Communauté ont aidé à préparer les enclos et à labourer la terre,  les enfants et les enseignants ont été également impliqués dans le processus de préparation. Sur 12 écoles, sept ont indiqué avoir eu une bonne récolte. En moyenne, les écoles ont récolté environ 60 kg de différentes variétés de légumes, qui ont servi aux repas scolaires du midi durant plus de deux mois.

La promotion de la diversité alimentaire (DA) et de la biodiversité par l’agriculture.

'Living Farms' a fait la promotion d'une agriculture axée sur le millet, sur la plantation mixte pour remplacer la culture du coton, avec consommation parmi 1 350 agriculteurs dans les villages du projet, sur 1 850 acres de terrain, pour 35 à 40 variétés dans chacun des enclos. Ces cultures comprennaient 18 variétés de millet, neuf légumineuses, quatre oléagineuses et cinq tubercules. La diversité des cultures a été planifiée en ligne avec la culture alimentaire traditionnelle pour permettre une alimentation équilibrée et diversifiée qui comprenait des glucides, des protéines, des lipides, des vitamines et des minéraux.

Favoriser l’utilisation des aliments non cultivés.

Les aliments non cultivés ont été la principale source de nourriture pour les communautés locales durant plusieurs générations et il était important de conserver les sources d’aliments non traditionnels dans le projet. À cette fin, 38 des villages du projet ont protesté contre les plantations commerciales d’eucalyptus et de teck, pilotée par le ministère des forêts, et ils ont plaidé pour la régénération et la conservation de la biodiversité de la forêt. Douze villages ont planté environ 25 000 arbres à usages multiples dans des parties dégradées de terres forestières, dont la mangue, des jacquiers, de la goyave, des baies noires, mahua, saga barada, kendu et karanja. Environ 65 % des jeunes arbres ont survécu et sont entretenus par les communautés.

Le village kutumb a cherché à promouvoir les aliments traditionnels à la jeune génération par le biais de festivals de recette, où les anciens du village partagent des recettes, expliquant la valeur des aliments traditionnels pour une vie saine, et enseignant comment et quand cueillir ces aliments. Une convention nationale et une exposition sur les aliments non cultivés, « Alimentation, forêt et écologie » ont été organisées à New Delhi, où les participants de tout le pays exposaient la richesse du patrimoine et la diversité des aliments non cultivés et ont fait la démonstration de recettes. Le Ministère de la femme et l'enfantes et le Secrétaire du Ministère des affaires tribales ont participé à l’exposition et un film documentaire intitulé « Je ne peux pas vous donner ma forêt » a été présenté lors de la convention. Cela a fourni une plate-forme de dialogue pour traiter la promotion « des produits forestiers » traditionnels comme un élément important de la politique pour lutter contre la malnutrition.

Le gouvernement d’Odisha, influencé par le projet de Living Farms, a intégré la promotion des aliments forestiers et/ou les aliments non cultivés dans plusieurs programmes de l’État de neuf districts de tribus comme stratégie pour aborder l'alimentation et la nutrition, avec l’appui de la FIDA, de PAM et du DFID.

La promotion de la diversité alimentaire.

Les résultats en diversité alimentaire pour tous les ménages des villages du projet ont été documentés en 2012, en utilisant les méthodes d'évaluation de la diversité diététique de la FAO et de la FANTA8 (FAO et USAID, 2016). Tous les aliments disponibles ont été répertoriés et 16 groupes d'aliments ont été formés par la communauté. Les résultats de diversité alimentaire pour les ménages ont été documentés durant trois saisons (l'été, la saison des pluies et l'hiver), ainsi que les résultats globaux de diversité alimentaire. Les groupes d'aliments ont été répertoriés comme cultivés ou non cultivés et selon leur valeur nutritive et leur couleur. Les aliments ont été également divisés en « aliments 'prêts' », en « aliments à cultiver » et en « aliments brillants ». Suivant cette classification, le design des affiches comprenait des informations sur les aliments riches en micronutriments, avec des sources de nourriture spécifique pour le calcium, le phosphore, le fer, la vitamine C, l'acide folique et le bêta-carotène, ainsi qu'un calendrier alimentaire saisonnier.

Les affiches ont été imprimées en langue Oriya et distribuées à tous les ménages comme affiche murale. Suivant la même liste de produits alimentaires, des photos des groupes alimentaires ont été incorporés dans un drapeau indien qui simplifiait le message de la distinction des aliments 'prêts', 'à cultiver', et 'brillants'. Ces outils ont été également utilisés comme base de discussion aux réunions mensuelles de kutumb et des GDF et ont été présentés durant les journées de la santé et de l'alimentation du village. L’évaluation de la diversité alimentaire a été répétée en avril 2017 et est actuellement en cours d’analyse.

Enquête de mi-parcours (2014)

Un sondage de mi-parcours a été réalisé entre les mois d’août et septembre 2014. Vingt-huit villages ont été sondés, en y incluant une évaluation anthropométrique de 457 enfants âgés de six mois à cinq ans. L'ensemble des ratios de genre était de 1:1 ; la moitié des enfants interrogés (53,6 %) étaient âgés de 6 à 29 mois. La répartition par âge et par sexe de la population de l’échantillon est affichée dans le tableau 1. Les villages ont été choisis parmis 52 villages de base évaluées en 2011, basé sur des villages avec le plus grand nombre d’enfants âgés de moins de deux ans et de femmes enceintes et allaitantes (FEA). L’enquête suggère une réduction de 13 % du taux de mortalité néonatale9 (36 en 2014, 41 en 2011) et une chute du taux de mortalité infantile (131 en 2011 à 85 en 2014) sur une période de trois ans. La prévalence de la malnutrition aiguë globale (MAG) était de 17,1 %, de la MAS été de 3,5 %, plus bas que le niveau de référence datant de 2011 (23 % et 11 % respectivement). La prévalence de la malnutrition aiguë modérée (MAM) était plus élevée en 2014 par rapport à 2011 (13,6 % contre 12 %). La prévalence du rachitisme en 2014 était de 57,4 %. L'analyse comparative entre 2011 et 2014 est limitée, car il n’y avait aucun groupe de contrôle, et une autre méthode pour évaluer la taille a été utilisée entre les deux enquêtes, ce qui a une incidence sur l'écart z du poids pour l'âge et de la taille pour l'âge (voir plus haut). Les intervalles de confiance ne sont pas non plus disponibles pour les données de 2011 pour faciliter l’interprétation.

Tableau 1 : La prévalence de la malnutrition aigüe basée sur les écarts z du poids pour l'âge (et/ou œdème) et pour sexe, sondage 2014, District de Rayagada.

 

Tout

n = 457

Garçons

n = 229

Filles

n = 228

• Nombre de cas global de malnutrition grave

(<-2 écart z et œdème)

(78) 17,1 %

(IC À 95 % - 13,5 - 21,4)

(37) 16,2 %

(IC À 95 % - 10,6 - 23,8)

(41) 18,0 %

(IC À 95 % -  13.1 - 24.1)

Prévalence de la malnutrition aiguë modérée

(écart z de < -2 et > = -3, sans œdème)

(62) 13,6 %

(IC À 95 % - 10.3 - 17,7)

(27) 11,8 %

(IC à 95 % - 7,4 - 18,3 )

(35) 15,4 %

(IC à 95 % - 10,5 - 21,9 )

• Nombre de cas de malnutrition aiguë sévère

(écart z de < -2 et œdème)

(16) 3,5 %

(IC à 95 % - 2,1 - 5,8 )

(10) 4,4 %

(IC à 95 % - 2,3 - 8,0 )

(6) 2,6 %

(IC à 95 % - 1,1 - 6,0 )

Débat et conclusions

Sous le programme Living Farms, 2 010 ménages dans 46 villages ont été rejoinds dans le District de Odisha à Ryagada, ainsi que 28 écoles et 22 centres de SIDE. Les institutions existantes de village ont été solidifiées pour la surveillance de la santé et de l'alimentation, ainsi que l’accès aux plans gouvernementaux. La diversité alimentaire a été promue chez les villageois et des activités de renforcement des capacités ont été entreprises pour améliorer les techniques agricoles, établir des jardins alimentaire et promouvoir la biodiversité, la conservation des forêts et l'utilisation d'aliments traditionnels et non cultivés. Une évaluation à mi-parcours a révélé une baisse de la mortalité néonatale et infantile pendant la période initiale du programme (2011 à 2014) et de possibles réductions de la prévalence de MAG et de MAS. Bien que ces données doivent être interprétées avec prudence, elles suggèrent que le programme de Living Farms a eu un impact positif sur l’état nutritionnel des enfants de la région.  

La collaboration intersectorielle est un facteur important de la réussite du programme. Le programme réunit plusieurs ministères et facilite une collaboration significative autour de l'objectif d'améliorer l'alimentation. En conséquence, plusieurs programmes gouvernementaux dans la région ont commencé à prendre en compte la nutrition. Par exemple, la qualité de la collation servie aux enfants dans le programme du SIDE s'est améliorée (ils reçoivent maintenant une collation à base de millet) et les mesures anthropométriques ont été prises plus précisément en raison d'une surveillance améliorée du projet. En outre, des affiches éducatives ont été fournies à tous les centres de SIDE et ménages, augmentant ainsi la sensibilisation à la diversité alimentaire et à la nutrition. Living Farms a également renforcé la capacité du personnel gouvernemental, tel que les travailleurs de santé communautaire d'Anganwadi, à améliorer la prestation de services au sein de la population.

La mobilisation communautaire est un autre facteur de réussite important. En utilisant les structures villageoises existantes, Living Farms a soutenu les systèmes traditionnels, gagnant ainsi la confiance de la communauté pour planifier et déployer rapidement les activités du programme au sein de la population. En raison des activités de Living Farms, les pratiques agricoles traditionnelles et l'utilisation d'aliments forestiers non cultivés ont été relancés au sein de la population, une réussite importante de Living Farms.

Les principaux défis du programme concernaient le travail avec les structures de pouvoir locales. Cela peut parfois entraver l'action de la communauté. Certaines pratiques traditionnelles ayant un impact négatif sur la santé et l'alimentation de la communauté étaient profondément enracinées et difficiles à changer. En outre, certains programmes gouvernementaux étaient contraires aux objectifs du programme et il était parfois difficile de trouver un accord sur la voie à suivre. Par exemple, des comprimés de fer et d'acide folique étaient distribués aux mères sans conseil diététique ni éducation appropriée et sans surveillance. Enfin, il y a eu des lacunes méthodologiques importantes dans l'étude de référence en 2011 et une évaluation récurrente en 2014 qui limitent la comparabilité des résultats et la mesure dans laquelle les changements peuvent être attribués au programme de Living Farms. Celles-ci devraient être abordés dans les évaluations à venir afin de mieux comprendre l'impact du programme.

En conclusion, une combinaison de connaissances locales et de pratiques mises à jour parallèlement à des outils de communication efficaces et à l'engagement constant des communautés locales a entraîné des changements positifs dans les régimes de la population locale pour améliorer leur santé et leur alimentation.

 

Pour plus d'informations, contactez Salome Yesudas Salomeyesudas@hotmail.com


1 Dalit, signifiant « opprimé » en sanskrit, est le nom choisi eux-même de cette caste en Inde connue sous le nom de « intouchables ».

2 Mort des nourrissons de moins d'un an pour 1 000 naissances.

3 Loi nationale mahatma Gandhi sur la garantie de l'emploi en milieu rural, 2005. Cela garantit 100 jours d'emploi salarié par année aux membres adultes non qualifiés des ménages ruraux.

4 Institutions villageoises traditionnelles.

5 Un type de centre de soins maternels et de garderies et une partie du programme des SIDE du gouvernement.

6 Une intervention de maternité sans risque du gouvernement dans les zones rurales pour réduire la mortalité maternelle et néonatale.

7 Un plan de transferts financiers conditionnels offert par l'état de Odisha aux mères enceintes et allaitantes.

8 Une répétition de l'évaluation de la DA a été effectuée en avril 2017. Les résultats seront communiqués prochainement.

9 Mort des nourrissons âgés de 0 à 28 jours pour 1 000 naissances.


Références

FAO et USAID, 2016. Diversité diététique minimale pour les femmes : un guide de mesure. L'organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture et le projet de l'assistance technique III de l'alimentation et de la nutrition de l'USAID (FANTA), FHI 360 Rome, 2016. www.fao.org/3/a-i5486e.pdf; www.fantaproject.org.

Living Farms, 2014. Réalisation des droits et des moyens de subsistance dans l'Inde rurale : rapport d'avancement du projet, juillet à décembre 2014.

US-India Policy Institute, 2015. Indice de développement et de diversité de district. Accès au 28 octobre 2015. www.usindiapolicy.org.

Welthungerhilfe et Living Farms (2011) Approche de l'économie domestique Rayagada District, 2011, Fiche d'information, version de travail 3. Plan Vlker Lennart, Université de Marburg.

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Salomé Yesudas (2017). Réalisation des possibilités en termes de droits et de moyens de subsistance parmi les populations tribales dans l’Inde rurale.. Field Exchange 55, July 2017. p7. www.ennonline.net/ralisationdespossibilitsentermesdedroitsetdemoyensdesubsistanceparmilespopulationstribalesdanslinderurale