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Potentiel des programmes agricoles à être affectés par la nutrition dans le cadre de l'alimentation scolaire : leçons d'Haïti

Par Nathan Mallonee, Jason Streubel, Manassee Mersilus et Grace Heymsfield

Nathan Mallonee est directeur de l'efficacité des programmes pour le programme international de Convoy of Hope (COH). Il est titulaire d'un MPP en Politique et Développement Internationaux de l'Université de Georgetown  et supervise la conception et l'évaluation du programme de COH pour la nutrition, l'agriculture et les projets de subsistance en Amérique Centrale, dans les Caraïbes, en Afrique de l'Est et en Asie.

Jason Streubel est conseiller principal pour l'agriculture et les sciences au COH, professeur agrégé de sciences appliquées à l'Université d'Evangel, et membre auxiliaire du corps professoral de l'Université de l'État de Washington, où il a obtenu son doctorat en sciences du sol : Fertilité des sols. Il a lancé des projets agricoles pour COH dans cinq pays, dont Haïti.

Manassee Mersilus est agronome principal pour la FOME (Fondation Mission de l'Espoir). Il est diplômé en sciences botaniques et agronomie de l'Université nationale d'agriculture d'Haïti et dirige une équipe de quatre techniciens en agriculture pour former, enseigner, développer et superviser les projets en cours. 

Grace Heymsfield est conseillère technique en nutrition et santé de l'enfant pour COH. Elle a déjà travaillé pour COH en Haïti comme responsable suivi et évaluation et prépare actuellement une maîtrise en santé publique à l'Université du Michigan.

Des remerciements tout particuliers doivent être adressés à Dr Hal Collins et à Dr Phillip Miklas du service de recherche en agriculture du Département américain de l'agriculture pour avoir fourni les précieuses lignées de haricots, ainsi que pour leurs conseils et assistance sur le terrain. 

Lieu : Haïti

Ce que nous savons : Haïti souffre de niveaux chroniquement élevés de dénutrition et d'insécurité alimentaire (un tiers de sa population est en situation d'insécurité alimentaire), potentialisés par le séisme de 2010.

Ce que cet article apporte : Depuis 2010, Convoy of Hope (COH) a mis en place un programme d'alimentation scolaire croissant, en grande partie dans les écoles primaires d'Haïti. Des repas nutritifs ont été fournis avec un certain ciblage des enfants souffrant de malnutrition. Une sélection d'écoles a reçu une formation en nutrition et hygiène. Afin de stimuler l'économie locale, un programme d'extension agricole a été conçu pour stimuler la production agricole dans le but de permettre l'approvisionnement alimentaire du programme d'alimentation et d'augmenter le revenu des agriculteurs. Les contributions primaires consistaient en l'accès aux experts, des ateliers éducatifs et des semences locales. L'augmentation du rendement s'est traduite par une hausse moyenne du revenu des ménages de 2 USD à 7 USD par jour. L'intervention est considérée comme un succès par la communauté. L'utilisation des réseaux de l'église locale a joué un rôle essentiel dans l'adoption du programme. Le programme est en train d'être développé davantage afin de mieux évaluer et saisir les résultats en matière de nutrition au niveau des ménages, et renforcer la sensibilité à la nutrition.

Contexte

Haïti est le pays le plus pauvre de l'hémisphère occidental, avec 61,7 % de la population vivant en-dessous du seuil international de pauvreté fixé à 1,25 USD par jour. Des facteurs économiques et socio-politiques contribuent aux taux élevés d'insécurité alimentaire dans l'ensemble du pays. Ceci a conduit à ce que que 23,4 % des enfants haïtiens souffrent de sous-alimentation chronique (retard de croissance) et 10,6 % de sous-alimentation aiguë (décharnés). Le séisme de 2010, qui a fait plus de 220 000 morts, 300 000 blessés et des millions de déplacés, a déclenché la mise en place de mesures immédiates pour lutter contre l'insécurité alimentaire, alors que le nombre moyen de repas par jour chutaient de 2,48 à 1,58 (Feed the Future, 2011). Bien que la sécurité alimentaire ait été améliorée dans les quartiers les plus proches du tremblement de terre, environ un tiers de la population demeure en situation d'insécurité alimentaire (voir www.wfp.org/countries/haiti/overview).

Haïti souffrait de niveaux élevés de sous-alimentation et d'insécurité alimentaire avant le séisme de 2010. En 2005, un enfant sur trois en Haïti souffrait de dénutrition chronique. Six enfants sur dix étaient anémiques. Face à ce constat, COH a lancé un programme de soutien nutritionnel dans les écoles en 2007 au travers du Partenariat international d'aide alimentaire de l'USAID (International Food Relief Partnership, IFRP). Le projet a été principalement mis en œuvre par le partenaire de COH, Mission of Hope (MOH), et ciblait 6 000 enfants dans les écoles primaires avec un repas supplémentaire. En 2010, COH a rapidement intensifié son programme d'alimentation scolaire (PAS) en Haïti, qui s'était étendu à 13 000 bénéficiaires depuis 2007, afin de répondre aux besoins accrus à la suite du tremblement de terre. Comme le nombre de bénéficiaires augmentait, des achats supplémentaires de produits alimentaires locaux ont été prévus afin de soutenir l'économie locale et réduire la dépendance vis-à-vis de l'aide alimentaire importée. Les quantités insuffisantes de nourriture disponible à l'achat au niveau local a conduit à une intervention visant à former et équiper les agriculteurs afin d'augmenter les rendements et donc d'approvisionner le PAS.

Convoy of Hope (COH) est une organisation confessionnelle à but non lucratif fondée en 1994 et basée à Springfield, Missouri, États-Unis. Depuis 1994, COH a servi plus de 70 millions de personnes et est souvent actif dans les situations d'urgence en fournissant une aide humanitaire, principalement dans les secteurs de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, aux populations touchées des États-Unis, d'Amérique Latine, des Caraïbes, d'Afrique, d'Europe, du Moyen-Orient et d'Asie. COH a également des projets en cours dans dix pays en développement (El Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Haïti, Ethiopie, Kenya, Tanzanie, Afrique du Sud et Philippines) pour réduire les taux de dénutrition et améliorer les résultats scolaires des enfants vulnérables. Au total, près de 150 000 enfants de ces dix pays sont inscrits à l'Initiative pour l'alimentation des enfants, qui fournit des repas nutritifs principalement au travers des écoles et centres communautaires. Depuis 2010, COH a intentionnellement introduit et amplifié les interventions traitant les causes sous-jacentes de la dénutrition chez les enfants, y compris des projets d'agriculture, d'autonomisation des femmes, de micro-entreprises, et de l'eau, assainissement et hygiène (WASH). 

Aperçu du projet

Le PAS est passé de 13 000 enfants en 2010 à 60 000 en 2012 et, finalement, 85 000 en 2013. La supplémentation alimentaire a été principalement distribuée par le biais des écoles, dont la grande majorité étaient des écoles privées étant donné que Haïti ne possède pas un réseau robuste d'écoles publiques (Banque Mondiale, 2006). Des membres de la communauté préparaient et servaient des repas chauds aux élèves chaque jour de l'année scolaire. Au cours des années scolaires 2013 et 2014, 425 000 repas ont été servis chaque semaine. Les écoles ont reçu de la nourriture supplémentaire pour constituer des rations à emporter ; les enfants identifiés comme sous-alimentés par le personnel de l'école et/ou de COH ont reçu ses rations.

Le PAS ciblait les enfants en école primaire, bien que certaines écoles combinaient le primaire avec des écoles pré-primaires et secondaires. Alors que les administrateurs scolaires étaient encouragés à prioriser les repas pour les enfants plus jeunes, dans la pratique, les âges des bénéficiaires allaient de deux à 25 ans. La grande majorité (75 %) des écoles étaient situées dans le département de l'Ouest, bien que COH soutenaient également des écoles dans les sept autres départements.

COH a financé le projet sur des dons privés en liquide et en aide alimentaire. Le programme a fourni divers mélanges alimentaires enrichis, et chaque portion visait à combler les carences nutritionnelles communes en Haïti. La valeur calorique d'une portion était de 210 calories ; cependant, le personnel a observé que, le plus souvent, les enfants recevaient une allocation plus importante : 1,5 portions en moyenne. Chaque enfant recevait au minimum 11 g de protéines et jusqu'à 100 % de l'apport quotidien recommandé en vitamines et minéraux essentiels tels que la vitamine A, le fer, le zinc et la vitamine B12. Grâce à l'encouragement et l'observation du personnel de supervision de MOH, il a été noté que ces rations étaient souvent complétées par les écoles par des fruits et légumes achetés localement.

Durant les deux premières semaines de chaque mois, des camions de distribution avec du personnel d'entrepôt formé étaient envoyés quotidiennement au départ de l'entrepôt de MOH à Titanyen. Dans chaque école, des « responsables » (p. ex. des directeurs ou administrateurs) devaient tenus de confirmer le nombre de bénéficiaires, le nombre de participants et la conformité du programme (l'utilisation prévue par rapport à l'utilisation réelle) avant de recevoir l'allocation alimentaire du mois suivant. Une équipe de superviseurs a également effectué des visites sur site afin de s'assurer que la nourriture était préparée correctement, et a réalisé des vérifications ponctuelles pour confirmer les nombres de participants et de bénéficiaires.

Dès 2014, COH a soutenu l'offre d'une formation pratique en nutrition et hygiène dans un échantillon d'écoles sélectionnées au travers du programme WASH ; cette formation a été dispensée par une infirmière de santé communautaire de MOH. Le plan pilote a concerné environ 20 écoles dans ou près de la zone de Cabaret. Les séances de formation étaient adaptées au groupe d'âge et comprenaient des sujets tels que le lavage des mains, la prévention du choléra et l'hygiène dentaire. Le partenariat de COH avec MOH a également créé une occasion unique de dispenser des soins médicaux. Les enfants identifiés par le personnel de supervision, souvent en consultation avec les enseignants ou directeurs d'orphelinat, comme ayant des besoins médicaux spéciaux étaient envoyés à la clinique médicale de MOH à Titanyen.

Dans le souci de réduire la quantité d'aide alimentaire importée et d'aider l'économie locale, un plan a été élaboré en 2011 pour acheter en Haïti une partie de la nourriture du programme. L'intention était d'acheter la nourriture directement auprès de deux communautés centrales dans le département de l'Ouest où le programme était fortement concentré (Turpin et Orange) ; malheureusement, il a été déterminé qu'il n'y avait pas de quantités suffisantes d'aliments cultivés localement. Ceci a conduit à un plan pour former et équiper des groupes de petits agriculteurs dans ces communautés afin de renforcer leurs capacités et accroître leurs rendements.

Jason Streubel (COH) et des agronomes de MOH ont conçu ce programme d'extension agricole dont l'objectif principal était de stimuler la production agricole afin que les agriculteurs puissent obtenir un revenu plus élevé, et approvisionner le PAS en nourriture. De 2012 à 2014, plus de 1 600 agriculteurs d'Orange et Turpin ont bénéficié d'une formation théorique et de terrain, du soutien d'une équipe d'agronomes haïtiens et d'un apport en variétés améliorées de semences locales à pollinisation libre de haricots noirs, de pois d'Angole et de sorgho. Le projet a été mis en œuvre au travers d'un réseau d'églises de ces communautés. Selon les scénarios de marché, MOH achèterait des produits auprès des participants au projet aux prix du marché. En outre, tous les participants étaient tenus de donner 10 % de leurs récoltes initiales à MOH pour être utilisés dans le PAS. Les pois d'Angole et les haricots noirs étaient conditionnés à l'entrepôt de MOH avec le riz qui était acheté sur le marché local. En 2014, un total de 26,8 millions de repas a été distribué en Haïti pour le PAS. 855 006 de ces repas ont été obtenus et emballés localement.

Les principales activités du projet d'extension agricole fournissaient aux petits agriculteurs de ces régions montagneuses isolées des ressources jusque là inaccessibles : l'accès à temps plein à un agronome haïtien formé, des ateliers éducatifs mensuels et la dispersion de graines achetées localement. Les distributions de semences ont été organisées en collaboration avec les dirigeants des communautés locales qui ont contribué à assurer des distributions justes et équitables. Les dirigeants et l'agronome local ont inscrit 200 bénéficiaires dans le programme pour chaque cycle du projet, qui était coordonné avec la saison des cultures. Ils ont distribué des semences de deux ou trois plantes différentes (maïs, sorgho, pois d'Angole ou haricot noir) à chaque agriculteur, sur base des besoins individuels et des saisons de culture appropriées. Chaque individu a signé un contrat au début du cycle, acceptant de conserver 10 % de sa récolte comme semences pour les saisons subséquentes et de donner 10 % de la récolte initiale au PAS.

Des séances de formation en groupe, dispensées par les agronomes locaux, se sont déroulées une fois par mois. Les séances de formation mensuelles n'étaient pas limitées aux bénéficiaires de ce cycle du projet ; chaque séance de formation était ouverte à toute personne de la communauté, y compris les participants précédents. Les sujets abordés lors des séances de formation comprenaient la fertilité des sols, la gestion intégrée des nuisibles, la préservation des semences, l'irrigation, la gestion agricole, le compostage et l'identification des maladies et des nuisibles.

Une assistance directe a également été fournie dans les champs des agriculteurs. Les agronomes locaux ont régulièrement effectué des visites en personne et sur le terrain avec les bénéficiaires. L'agronome vivait dans la communauté des agriculteurs et était régulièrement dans les champs tout au long de la semaine. Au cours de ces visites, les agronomes appliquaient directement les leçons tirées des séances de formation mensuelles à la situation de l'agriculteur. En outre, l'agronome pouvait contribuer à aider à anticiper les problèmes futurs, ou aborder les questions ou préoccupations que pouvait avoir l'agriculteur. Dans certains cas, les problèmes ou questions qui ne pouvaient pas être résolus sur le terrain étaient rapportés aux experts agricoles de COH pour assistance.

Expériences

Durant la durée de cette étude, de 2012 à 2014, les résultats du PAS étaient limités à la surveillance des données, y compris les rapports d'activité et de distribution mensuels. COH n'a pas pu recueillir de données anthropométriques fiables sur les enfants dans le programme avant 2015, bien que l'unité d'efficacité du programme de COH ait travaillé au cours de la dernière année afin de renforcer la capacité de MOH pour améliorer la qualité des données et la méthodologie d'évaluation. Dans le cadre de ce processus, COH a institué un plan de suivi et d'évaluation plus robuste pour le PAS, qui comprenait des mesures anthropométriques sur un nombre statistiquement significatif de bénéficiaires au sein d'un ensemble d'écoles représentatives choisies au hasard.

Pour déterminer les changements dans les rendements et revenus des ménages, des enquêtes avant et après la saison ont été mises en œuvre. De 2012 à 2014, durant cinq saisons de récolte de haricots noirs, les bénéficiaires du projet (n = 1 000) ont connu une augmentation de 245 % du rendement en haricot noir, passant de 392 kg/ha en 2012 à 1 353 kg/ha en 2014. Des augmentations similaires ont été observées avec le sorgho (266 %) et le pois d'Angole (121 %). Ceci s'est traduit par une augmentation moyenne du revenu des ménages par jour de 2 USD à 7 USD, et l'amélioration des rendements a été obtenue sans l'ajout d'aucun engrais commercial.

Les enquêtes de pré-saison ont également démontré que la plupart des familles ne disposaient pas de la capacité de conserver les semences de leurs récoltes pour la saison de culture suivante, la totalité de la récolte étant consommée ou vendue pour la survie de la famille. A mesure que les rendements augmentaient, les agronomes ont noté la façon dont les habitudes de la communauté changeaient ; davantage de familles conservaient systématiquement les semences. Enfin, bien que des données quantitatives sur les sols n'aient pas été collectées, des données qualitatives ont été recueillies au moyen d'entrevues et de tests sur la texture du sol réalisés sur place par le personnel. Ces observations ont montré une amélioration de la productivité et de la fertilité du sol, une augmentation de la matière organique et une augmentation de la capacité de rétention d'eau.

Les agronomes de COH ont recueilli les données de rendement pour chaque participant au programme. Les rendements ont été enregistrés par l'observation à la première personne de chaque récolte recueillie dans des boîtes avant le stockage à long terme ou la livraison de marché. Le poids et la mesure traditionnel en Haïti est l'unité de base d'une "boîte". Une boîte classique de café détient 48 onces, ce qui représente 5,5 livres du produit récolté. Cette mesure du volume a été normalisée entre les agriculteurs et s'est révélée assez précise. La boîte de mesure traditionnelle est convertie en kg et kg par hectare. La taille moyenne des terres par participant était de 0,4 hectares. Ce chiffre a été calculé sur la base des entrevues de référence et a été confirmé lors de visites par des agronomes de COH. Les Figures 1, 2 et 3 montrent l'augmentation du rendement en haricots noirs, sorgho et pois d'Angole respectivement. Chaque période de temps représente un groupe séparé de 200 participants. Le rendement enregistré est la quantité de rendement à la fin de la première saison de croissance après avoir reçu les ateliers de formation et la distribution des semences. L'augmentation continue au cours de chaque saison de croissance montre en partie l'effet cumulatif du travail dans les mêmes communautés sur plusieurs saisons de croissance et l'efficacité accrue du projet.

En-dehors de la mesure du changement des rendements et revenus, l'indicateur ultime du succès de ce projet était la perception locale de réussite. Les chefs communautaires ont approché COH au début de 2015 et suggéré que le projet d'agriculture passe à d'autres communautés, car ils pensaient que leurs communautés réalisaient des rendements suffisants et que d'autres communautés devaient également bénéficier du projet. Les chefs ont déclaré que les agriculteurs de la communauté avaient désormais entièrement adopté les nouvelles méthodologies. L'impact du projet peut être clairement vu dans ces communautés. La terre qui était autrefois stérile est maintenant entièrement verte. Là où les virus de la mosaïque du haricot ravageaient autrefois les champs de haricots, pratiquement aucun signe de la maladie ne demeure. Les résidus de cultures ne sont plus brûlés et gaspillés mais plutôt compostés ou intégrés dans les sols par le bétail.

Bien que l'objectif principal du projet était de stimuler la production agricole et la contribution locale au Programme d'Alimentation Scolaire (PAS), notre personnel a enregistré des informations anecdotiques concernant l'impact que le projet a eu sur les ménages des bénéficiaires. Lors d'une visite sur le terrain en 2014 une femme a dit: "Ma famille est en bonne santé, mes enfants vont à l'école, je cultive pour moi-même et le marché, et maintenant mon fils dit qu'il veut être agronome."

Le succès de ce projet peut être attribué à quatre facteurs principaux. D'abord, il était important d'établir un contrat avec chaque bénéficiaire avant son inscription au projet qui comprenait les dons nécessaires à retransmettre au PAS. Bien que ces communautés connaissaient les avantages du PAS de COH, certains agriculteurs hésitaient à offrir 10% des récoltes initiales et donc les agronomes locaux et le personnel ont parfois dû se référer aux contrats. Cette contribution a joué un rôle important dans la réduction de la dépendance vis-à-vis de l'aide alimentaire importée ; elle a également augmenté l'appropriation locale du PAS. Les participants ont dit au personnel de COH lors de visites sur le terrain qu' "ils étaient maintenant une partie de la solution en Haïti", et dans plusieurs cas, les agriculteurs qui n'étaient plus participants au projet ont continué de faire don de parties de leur récolte au PAS.

Deuxièmement, la mise en place de séances de formation au travers des réseaux de l'église locale a augmenté les niveaux de confiance des agriculteurs locaux. Le Ministère de la Santé a une historique de partenariat avec les églises et pasteurs locaux dans les communautés Turpin et Orange et les pasteurs locaux étaient des membres respectés de la communauté. En outre, les pasteurs avaient une connaissance profonde des communautés et pouvaient aider COH à cibler les agriculteurs les plus vulnérables.

Troisièmement, COH a mené une série d'essais sur le terrain sur les différentes variétés de haricot noir pour déterminer celle produisant les rendements les plus élevés dans ces communautés particulières. En avril 2013, 20 lignées de haricots différentes ont été testées en utilisant une conception en blocs randomisés avec quatre groupes de traitement et trois répétitions. L'expérience comprenait une rotation de maïs et l'intégration des variétés locales de pois d'Angole et haricots comme contrôle. Dans toutes les variétés, sauf DPC 40, la salinité du sol sur le site expérimental a limité toute la croissance et la plupart de la germination. Dans une expérience de suivi, une parcelle de terrain dans les communautés de montagne a été utilisée pour reproduire l'expérience plus grande avec dix lignées et trois répétitions. Encore une fois, la variété expérimentale DPC 40 a réalisé les meilleurs résultats dans l'environnement haïtien. Compte tenu de ses performances et puisque cette variété faisait déjà l'objet de recherches par une université haïtienne (Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire), la variété DPC 40 a été sélectionnée pour une nouvelle distribution dans les communautés. Les autres données provenant des essais sur le terrain ont été envoyées aux éleveurs participants pour continuer à travailler sur de nouvelles variétés, dont certaines sont plus tolérantes au sel.  

Enfin, l'engagement de COH à travailler dans ces deux communautés pour plusieurs années a conduit à l'augmentation des rendements pour chaque nouveau groupe d'agriculteurs. Les effets cumulatifs de la connaissance des agriculteurs locaux constituent en partie la raison pour laquelle chaque groupe ultérieur d'agriculteurs a atteint des rendements plus élevés que le groupe précédent. En outre, les séances de formation ouvertes pour tout membre de la communauté, y compris les participants passés ou futurs, ont fourni un niveau d'extension continue et des services consultatifs. De par cette nature inclusive plutôt qu'exclusive, tout le monde dans la communauté a pu bénéficier du projet. Cela a également créé un sentiment plus profond de compréhension commune des techniques agricoles améliorées.

Plusieurs enseignements ont été tirés des difficultés particulières de mise en œuvre. Principalement, il est important de se concentrer d'abord sur l'amélioration de la qualité du sol avant toute distribution de semences. En outre, la culture du riz dans cette région particulière d'Haïti est difficile en raison du manque de réserves d'eau, la distribution de semences pour le riz a donc été interrompue après le premier cycle du projet. Enfin, le projet a fait face à des problèmes initiaux avec l'adoption de nouvelles techniques. Les agriculteurs de la plupart des communautés ont besoin de voir la rentabilité des méthodes enseignées avant qu'une adoption à 100 % soit obtenue. Bien que le travail au travers des églises locales soit censé avoir réduit la réticence, il était encore apparent lors des premières saisons de croissance du projet. 

Discussion

Le projet agricole de COH a contribué à un PAS important et de croissance rapide. Il est probable que le plein effet de ce projet sur les résultats nutritionnels des enfants dans les ménages des participants n'ait pas été pleinement reconnu lors du suivi du projet. Ce qui est clair, cependant, est qu'un projet de formation agricole réussi peut contribuer directement aux PAS tout en améliorant les moyens de subsistance des agriculteurs et leurs familles.

Alors que COH continue d'affiner sa stratégie programmatique en Haïti, un point de mire sera de faire en sorte que les projets d'extension agricole se focalisent davantage sur la nutrition. Ceci commencera par mieux cerner et évaluer les effets des projets en cours sur les résultats nutritionnels au niveau des ménages. En outre, les activités du projet sont réévaluées pour déterminer les domaines où les résultats nutritionnels des enfants peuvent être améliorés. Par exemple, les agronomes locaux peuvent aider plus directement les écoles locales dans le développement de jardins scolaires ou communautaires pour les fruits et légumes qui apportent des micronutriments et du goût supplémentaires aux repas scolaires. De même, COH pourrait inclure des séances de formation sur la façon de développer des jardins familiaux qui pourraient améliorer l'accès aux divers régimes alimentaires. Ces jardins compléteraient les champs supportant les "cultures commerciales" plus traditionnelles de maïs, sorgho, haricot noir et pois d'Angole. Un autre aspect intéressant est que 48 % des participants à l'agriculture étaient des femmes ; ceci procure au COH la possibilité d'accéder directement aux mères avec une éducation en matière de nutrition et d'hygiène durant les séances de formation agricole en classe ou sur le terrain. Ceci nécessiterait que les agronomes locaux soient doublement formés en nutrition et hygiène, mais pourrait être une mesure rentable pour réduire le retard de croissance en améliorant la nutrition des enfants dans les 1 000 premiers jours.

Le projet agricole est maintenant reproduit dans les communautés en-dehors de Turpin et Orange ; l'intention est d'étendre le projet agricole à davantage de communautés de sorte que le PAS soit approvisionné avec une quantité croissante de produits alimentaires de provenance locale et que les ménages et communautés vulnérables puissent atteindre une sécurité alimentaire.

Pour plus d'informations, email Nathan Mallonee: nmallonee@convoyofhope.org

 

References

Feed the Future (2011). FY 2011-2015 Multi-year strategy. Extrait de www.feedthefuture.gov

Banque mondiale (2006). Haiti - Social resilience and state fragility in Haiti: a country social analysis. Washington, DC : Banque mondiale. Extrait de www.documents.worldbank.org

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Nathan Mallonee, Jason Streubel, Manassee Mersilus et Grace Heymsfield. Potentiel des programmes agricoles à être affectés par la nutrition dans le cadre de l'alimentation scolaire : leçons d'Haïti. Field Exchange 51, January 2016. p97. www.ennonline.net/fex/51/alimentationscolairehaiti