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La coordination des groupes dans les interventions d'urgence menées par le gouvernement en Éthiopie

Par Amal Tucker Brown, Orla Mary O’Neill et Ki Yeon Yoon

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Amal Tucker Brown travaille pour l'UNICEF depuis 2007. Elle a rejoint le bureau d'UNICEF Éthiopie en février 2015 en tant que responsable de la division communautaire nutrition et micronutriments. La même année, elle a exercé la fonction de responsable par intérim au sein de l'Unité de coordination de nutrition d'urgence (UCNU) (coordination du groupe Nutrition). Amal a déjà travaillé pour l'UNICEF à Madagascar, au Soudan du Sud, en Somalie, au Malawi et en Ouganda, ainsi que pour les ONG en RDC, au Niger et au Rwanda.

Orla Mary O'Neill est actuellement chef d'équipe de l'UCNU en Éthiopie. Elle a plus de 15 ans d’expérience en tant que nutritionniste auprès de Concern et de l'UNICEF au Bangladesh et en Éthiopie dans le cadre de projets de développement nutritionnel et d'intervention alimentaire d'urgence.

Ki Yeon Yoon est spécialiste en surveillance et évaluation (S&E) avec une concentration de plus en plus importante sur les questions nutritionnelles. En 2015, elle a rejoint UNICEF Éthiopie en tant que responsable S&E. Depuis la sécheresse causée par El-Niño, Ki Yeon s'est de plus en plus investie dans l'intervention alimentaire d'urgence d'UNICEF, notamment la coordination des groupes et la gestion de l'information.

L'UNICEF souhaite remercier les donateurs de ce programme, notamment les gouvernements de la Suède, du Royaume-Uni et des États-Unis, qui ont engagé des fonds pour la coordination des groupes.

Les résultats, les interprétations et les conclusions de cet article sont ceux des auteurs. Ils ne représentent pas nécessairement les points de vue de l'UNICEF, de ses directeurs exécutifs ou des pays qu'ils représentent et ne devraient pas leur être attribués.

Lieu : Éthiopie

Ce que nous savons : Le gouvernement éthiopien a réagi rapidement à la sécheresse causée par le phénomène El Niño en 2015/16 et, grâce à un leadership fort, a mis en place le mécanisme de coordination et la résilience du système de santé.

Qu'apporte cet article  : La coordination d'ensemble est menée par la Commission nationale de gestion des risques de catastrophe naturelle (NDRMC) du gouvernement éthiopien. L'Unité de coordination de nutrition d'urgence (UCNU), soutenue par l'UNICEF, mise en place en 2000 et alignée sur l'approche de groupes, coordonne les partenaires nutritionnels au niveau fédéral et sous-national dans l'intervention alimentaire d'urgence, et ce grâce à diverses plateformes de coordination. Celles-ci gèrent l'évaluation, la gestion de l'information, la planification et la mise en œuvre des interventions. Les outils développés pour améliorer la coordination comprennent un outil de cartographie des capacités, croisé avec la matrice « 4-W » (quatre questions : qui, quoi, où et quand) afin de distinguer les types et les niveaux de soutien dont les partenaires ont besoin, ainsi que d'une matrice de responsabilité pour aider à définir les rôles et les responsabilités, dans le but d'obtenir un soutien aux services de santé plus adapté et non redondant. Pour répondre aux besoins des communautés pastorales touchées, il faut des approches mobiles et innovantes qui permettront de sécuriser l'accès et les capacités. En cas d'urgence, les décideurs de haut niveau ne sont pas des nutritionnistes, mais l'orientation sur la nutrition est critique dans ces situations. Le leadership du gouvernement assure aux partenaires que les activités sont alignées avec les priorités de celui-ci. Une évaluation menée par le gouvernement est critique pour que les bailleurs de fonds soient impliqués. Le groupe fournit une assistance technique clé et la plateforme pour aider à rassembler différents bailleurs de fonds.

Contexte

L'Éthiopie a fait beaucoup de progrès dans la réduction de la pauvreté et de la dénutrition infantile, avec une diminution du retard de croissance de 58 % en 2000 à 38 % en 2016 (EDHS 2000, 2006, 2011, 2016). Cependant, la pauvreté est généralisée, la malnutrition persiste, et le pays reste exposé aux catastrophes et vulnérable devant les bouleversements climatiques. Cette vulnérabilité est essentiellement rurale et liée à la dégradation des terres, à la petite taille des exploitations, à la pression sur la population, à des pratiques agricoles dépassées et des pluies extrêmement variables, tout cela résultant en une insécurité alimentaire récurrente et des épidémies.

En 2015, à cause du phénomène climatique El Niño, l'Éthiopie a été touchée par la pire sécheresse depuis des décennies. Les deux saisons des pluies, source d'eau vitale pour 80 % de la production agricole, n'ont pas suffi. Les mauvaises récoltes ont généré un pic de besoins humanitaires, avec 10,2 millions sur 92,3 millions de personnes nécessitant une assistance alimentaire, 0,4 million d'enfants victimes de malnutrition aiguë sévère (MAS) et 1,7 million souffrant de malnutrition aiguë modérée (MAM) (HRD, 2016). Ils viennent s'ajouter aux 8 millions de personnes qui souffrent déjà d'insécurité alimentaire chronique dans le pays.

Le gouvernement éthiopien a été en mesure de faire face au choc humanitaire et a réagi rapidement à la sécheresse due à El Niño grâce à un leadership fort, la mise en place d'un mécanisme de coordination et la résilience du système de santé. Le succès des interventions face à El Niño en 2015/2016 par rapport à la crise alimentaire de la Corne de l'Afrique en 2011 est bien documenté (Babu et al., 2017, Tucker Brown et Ategbo, 2017 ). Cet article se concentre sur le soutien de l'UNICEF à la coordination menée par le gouvernement en réponse à l'urgence nutritionnelle.

Structure du Groupe de Nutrition

En Éthiopie, la coordination humanitaire dans son ensemble est menée par la Commission nationale de gestion des risques de catastrophe naturelle (NDRMC)1, avec le soutien du Bureau de coordination des affaires humanitaires (Office for the Coordination of Humanitarian Affairs, OCHA). La NDRMC mène des Groupes de travail techniques sur la gestion des catastrophes naturelles (DRMTWG, Disaster Risk Management Technical Working Groups) aux niveaux fédéral et régional dans toute l'Éthiopie, et accueille des groupes de travail qui œuvrent en tandem avec les groupes/secteurs, notamment Nutrition, Santé, Eau, Assainissement et Hygiène (EAH), Sécurité alimentaire, Hébergement/Articles non alimentaires, Protection, Éducation et Agriculture.

Avec le soutien technique de l'UNICEF, l'Unité de coordination de nutrition d'urgence (UCNU) a été formée par le gouvernement éthiopien en 2000 au sein du ministère de l'Agriculture afin de fournir une meilleure coordination de l'activité des ONG dans le pays. En 2007, après l'adoption du Comité permanent interorganisations (Inter-Agency Standing Committee, IASC), le mandat de l'UCNU a été modifié pour s'aligner avec le Groupe Nutrition mondiale (GNC). L'objectif de l'UCNU est cependant resté le même, celui de mener et coordonner les partenaires nutritionnels aux niveaux national et sous-national afin de fournir une préparation à une situation d'urgence nutritionnelle cohérente et efficace et des interventions qui peuvent sauver des vies et améliorer la nutrition des gens en Éthiopie pendant les situations d'urgence.

L'UCNU est soutenue par l'UNICEF en tant qu'agence principale du Groupe Nutrition. Elle est intégrée à la NDRMC au niveau fédéral, et au DPPB (Disaster Prevention and Preparedness Bureau, Bureau de prévention et de préparation aux catastrophes naturelles) dans les six régions principales du pays (Afar, Amhara, Oromia, Tigray, RNNPS, et Somali), une caractéristique unique à l'Éthiopie. Auparavant, les employés de l'UCNU, fédéraux ou régionaux, venaient de l'UNICEF. Mais avec son implication croissante dans le groupe, le gouvernement éthiopien prend désormais à sa charge le personnel régional, tandis que l'UNICEF continue de fournir des employés au niveau fédéral. Ce dernier se compose d'un(e) responsable d'équipe (Coordinateur du Groupe de la Nutrition), un(e) responsable adjoint, un(e) responsable de l'information et un(e) assistant administratif. L'UCNU régionale consiste en un nutritionniste et un agent de gestion de l'information (IMO, Information management officer) (voir graphique 1).

Graphique 1: Structure et responsabilité de l'UCNU en Éthiopie

en traduction - Version française bientôt disponible

Plateformes de coordination

L'UCNU participe à des réunions, qu'elle préside parfois, avec les partenaires et les donateurs du gouvernement éthiopiens pour assurer la cohésion entre les informations, la planification et les interventions face aux urgences nutritionnelles. Elle co-préside les réunions mensuelles du Groupe de la nutrition avec la NDRMC, connues sous le nom de MANTF (Groupe de travail multipartenaire sur la nutrition), qui s'occupe des goulots d'étranglement dans la planification et la mise en œuvre. De plus, l'UCNU et la NDRMC co-président le SAG (Strategic Advisory Group, Groupe stratégique consultatif) qui se réunit chaque trimestre, avec une représentation du ministère fédéral de la Santé (FMoH) ainsi que des partenaires élus des Nations Unies, d'agences, de donateurs et d'ONG. Le SAG fournit une orientation stratégique pour formuler et réviser la stratégie de groupe. Enfin, des Groupes de travail techniques sont établis pour discuter des questions techniques qui pourraient subvenir. Au niveau régional, les Groupes de la Nutrition sont présidés par le Bureau régional de la santé, avec le nutritionniste de l'UCNU et/ou l'agent de gestion de l'information pour le secrétariat.

En 2015, à cause de la gravité de la sécheresse, le FMoH a mis en place un Poste de commandement d'intervention Santé et Nutrition (ICP) en plus des mécanismes déjà décrits que soutiennent l'UCNU/NDRMC, Modélisé sur une approche sectorielle en matière de santé, l'ICP vise à soutenir le ministère fédéral de la Santé en cas d'intervention d'urgence.  Pendant la sécheresse d'El Niño, il rencontrait la NDRMC deux fois par semaine et travaillait étroitement avec elle et les groupes respectifs. En 2017, l'ICP a été réintégré dans la région Somali pour intervenir dans les épidémies de diarrhée aqueuse aiguë (AWD) et les urgences nutritionnelles, et s'est avéré être une plateforme forte pour déclencher un engagement intersectoriel et le leadership du gouvernement2.

Évaluation coordonnée de la situation

Chaque année la NDRMC mène deux évaluations nationales multi-agences : Meher (vers octobre/novembre) et Belg (vers juin/juillet). Elles rassemblent environ 200 représentants du gouvernement, des Nations Unies, d'ONG et de donateurs qui se rendent dans les communautés touchées dans toute l'Éthiopie. Les informations recueillies sur ces visites ainsi que le compte-rendu des données actuelles sur la nutrition, la santé, les mouvements de populations et les prévisions météorologiques sont utilisés pour estimer le nombre de gens qui ont besoin d'une assistance humanitaire. Cette approche multi-agences, menée par le gouvernement, augmente le rapport coût-efficacité dans la communauté humanitaire et ses chances d'être reconnue et acceptée par elle.

Pour la sécheresse d'El Niño, l'évaluation du Belg en juin-juillet 2015 a conclu que 4,5 millions de personnes auraient besoin d'une aide alimentaire d'urgence en août 2015. Après les pluies irrégulières de l'été, le gouvernement éthiopien a décidé de mener une évaluation rapide et multi-agences avant les récoltes, début octobre 2015. Celle-ci a conclu que le nombre de personnes ayant besoin d'aide atteignait les 8,2 millions. Fin octobre, elle a été suivie de l'évaluation du Meher, qui a revu le nombre à la hausse, estimant le nombre de personnes à 10,2 millions (Graphique  2). Ceci a formé la base de la demande du HRD en 2016 de 1,4 milliard USD, dont 115,4 USD (135 USD en incluant le soutien d'ONG) pour l'intervention nutritionnelle.

Graphique 2: Chronologie de la crise

en traduction - Version française bientôt disponible

Classification des zones à risque

En se basant sur les évaluations du Meher et du Belg, les données de l'HEA (Approche de l'économie des ménages, Household Economic Assessment), la sécurité alimentaire et les évaluations d'alerte rapide, les enquêtes SMART, les évaluations de zones sinistrées et les données issues de programmes de routine dans des secteurs multiples, les UCNU régionales et fédérales ont mené une série de réunions au niveau régional puis au niveau fédéral pour classifier les woredas en différentes zones de priorité afin de signaler les niveaux de vulnérabilité (Graphique 3). Pendant la sécheresse d'El Niño, le nombre de woredas en priorité 1 - ceux qui avaient le plus besoin d'une intervention humanitaire - a régulièrement augmenté, allant de 49 en février 2015 à 186 en décembre 2015, pour atteindre un pic de 219 en mars 2016 (Graphique 4).

Graphique 3 : Définition et classification des priorités dans les zones à risque en Éthiopie

en traduction - Version française bientôt disponible

Graphique 4 : Tendances dans les woredas à priorité 1 pour 2015-2016

en traduction - Version française bientôt disponible

Au niveau fédéral, l'UCNU a mené un groupe de travail technique sur les zones à risque (HTWG) pour faire le point sur la classification régionale suggérée. En général, le HTWG implique la NDRMCC, le FMoH, l'UNICEF et le Programme alimentaire mondial (PAM). Cependant, en 2015/16, les responsables de groupe venant d'EAH, de la santé, de la protection de l'enfance, de l'agriculture et de la sécurité alimentaire ont aussi été invités à participer. Cet exercice à large portée a contribué à construire un climat de confiance dans le processus de classification et à augmenter l'utilisation de données quantitatives provenant de différents secteurs. Néanmoins, la classification des zones à risque repose toujours fortement sur une contribution subjective, et ainsi pourrait bénéficier de l'apport de critères plus objectifs, étant donnée la plus grande disponibilité de données de routine.

D'après cette classification, les besoins humanitaires ainsi que les tendances actuelles et passées de la malnutrition aiguë, le SAG a collectivement estimé la charge de travail pour la MAS et la MAM. Avant l'urgence due à El Niño, l'évaluation de la charge de travail était réservée à un nombre limité d'experts de l'UNICEF, du PAM, du FMoH et de la NDRMCC.  Inclure les membres du SAG dans le processus a conduit à une meilleure compréhension, puis à l'acceptation des évaluations de la MAS et de la MAM par la communauté humanitaire.

Après ce processus, l'UCNU a présenté la suggestion de classification des zones à risque et la charge de travail calculée au management de la NDRMC, qui a ensuite validé les résultats puis commencé à planifier l'intervention.

Coordination de la planification

Le SAG était responsable de la rédaction d'un plan d'intervention sous le leadership du chef d'équipe UCNU et du représentant NDRMCC. Ce plan a contribué au HRD 2016 et s'inscrivait dans trois domaines stratégiques :

  1. La gestion de la malnutrition aiguë, avec une attention particulière pour le continuum de soins de MAS-MAM
  2. La prévention de la malnutrition aiguë, dont l'alimentation du nourrisson et du jeune enfant en situation d'urgence (ANJE-U) et le contrôle de la déficience en micronutriments.
  3. Le renforcement de la coordination de l'intervention nutritionnelle, notamment les fonctions principales de l'UCNU.

Les questions transectorielles ont été prises en compte, comme la coordination entre les divers groupes, l'intégration de la protection et l'égalité des sexes, ainsi que les liens avec les différents programmes de développement. On a pu constater des progrès dans l'intégration de la protection et l'égalité des sexes. Cependant, les programmes transectoriels restent plus complexes en raison de la diversité des besoins.

Gestion de l'information

Les tendances en nutrition sont vérifiées dans tout le pays grâce à des données, des enquêtes et aux commentaires des membres du MANTF. L'UCNU gère de multiples bases de données qui réunissent les données de sources gouvernementales, des Nations Unies et d’ONG, notamment : (1) la base de données du programme national d'alimentation thérapeutique (PAT), pour la gestion de la MAS ; (2) la base de données des PACC, programmes alimentaires complémentaires ciblés, pour la gestion de la MAM ; et (3) la base de données nationale regroupant les enquêtes (dont SMART et SQUEAC/Évaluation de la couverture) et les évaluations rapides. La circulation des données de gestion MAM et MAS est expliquée à la graphique  5. Le renforcement du système d'information et les défis rencontrés au cours de l'intervention sont décrits en détail dans un article de Tucker Brown et Ategbo (2017).

Graphique 5 : Processus pour la transmission des données nutritionnelles

en traduction - Version française bientôt disponible

Coordination de la mise en place

El Niño a suscité l'une des plus importantes interventions alimentaires d'urgence que le gouvernement éthiopien et les partenaires humanitaires aient connues en ce qui a trait au financement, au nombre de bailleurs de fonds et à la complexité de la mise en place. Les rôles, responsabilités et réalisations de chaque partenaire majeur sont résumés dans l'encadré 1.

Endacré 1 : Intervention alimentaire El Niño - Organismes participants

Ministère fédéral de la Santé (FMoH)

L'intervention alimentaire d'urgence est assurée principalement par le Programme d'extension de la santé (PES) mis en place par des agents de valorisation sanitaire (AVS) employés par le gouvernement, avec le soutien de partenaires. Dans le cadre du PES, le FMoH a construit au moins un poste de santé et désigné deux AVS par kebele (sous-district) afin de fournir des services de soins préventifs et curatifs de base. À l'échelle de la communauté, la WDA (Women Development Army), un réseau de bénévoles, établit un lien entre le quartier et les AVS, et est responsable de la communication sur les changements de comportement (CCC) et de la mobilisation de la communauté (Graphique 6). Les cinq postes de santé sont soutenus par un centre de santé employant des infirmières et fournissant des services de soins plus spécialisés. Dans les villes densément peuplées, les hôpitaux fournissent des soins tertiaires aux cas qui présentent de graves complications.

En 2008, le FMoH a intégré la gestion de la MAS au PES afin d'améliorer l'accès au traitement et la couverture. Depuis, le nombre de centres de traitement est en constante augmentation, passant de 400 en 2008 à plus de 16000 en 2016. En même temps, conscient de l'importance de la prévention, le FMoH a également lancé un programme de Nutrition Communautaire (NC) et en a fait progressivement un programme clé de prévention et de promotion.

Ces programmes de nutrition intégrés et les structures communautaires ont permis au système de santé de réagir rapidement et efficacement à la sécheresse et d'atteindre 350 451 cas de MAS en 2015 et 320 883 cas en 2016, soit une augmentation de 40 % et de 30 % respectivement par rapport aux années sans intervention d'urgence.

Les mesures prises pour renforcer la souplesse du système de santé sont décrites en détail dans Tucker Brown et Ategbo (2017).

La NDRMCC

L'Éthiopie a adopté une approche de gestion communautaire de la malnutrition aiguë (GCMA) pour détecter et traiter la malnutrition aiguë. Cependant, la composante de gestion de la MAS, au sein de la GCMA, est intégrée au PES, alors que le traitement de la MAM dépend toujours du ministère de l'Agriculture et fait désormais partie du mandat du NDRMCC. Le dépistage de la malnutrition aiguë est effectué par les AVS, qui renvoient les cas de MAS dans le système de santé aux fins de traitement. Les cas de MAM sont dirigés vers des centres de distribution alimentaires (FDC) où des agents (FDA) distribuent des vivres. Un FDC employant deux ou trois agents de distribution s'occupe de cinq postes de santé. Le PAM soutient le gouvernement éthiopien dans l'intégration du traitement de la MAM au sein de postes de santé dans 44 woredas (districts).

Les partenaires

Afin d'éviter une répétition inutile du travail et de tirer parti des avantages comparatifs de chaque organisme, le PAM s'occupe de soutenir la NDRMCC et le traitement de la MAM, tandis que l'UNICEF, de concert avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS), soutient le FMoH pour renforcer le système de santé dans son ensemble afin d'établir et d'offrir un traitement de qualité en temps opportun en cas de MAS, et d'effectuer des interventions préventives cruciales. Étant donné l'importante charge de travail dans le domaine de la malnutrition aiguë et le fardeau que cela représente pour le système de santé, le soutien apporté par les ONG aux bureaux de secteur dans les woredas est essentiel afin que les personnes les plus vulnérables et difficiles à atteindre bénéficient de services de qualité. Cet impératif est illustré plus en détail dans Andert et al. (2016).

Graphique 6 : Structure du système de santé à l'échelle communautaire en Éthiopie

en traduction - Version française bientôt disponible

Après la classification de chaque zone à risque, l'UCNU a demandé aux ONG de déclarer qui fait quoi, où et quand (les 4 W), afin de recueillir des données pour la matrice des « 4-W », pour une coordination efficace et une détection des lacunes (voir encadré 2). Dans le passé, l'UCNU utilisait une approche de type « une ONG pour un woreda à priorité 1 ». Cependant, la multiplication par quatre des priorités 1 dans les woredas au fur et à mesure des situations d'urgence et la grave pénurie de nutritionnistes qualifiés ont rendu cette approche impossible. (GOAL a été l'une des quelques ONG à se développer rapidement face au nombre croissant de woredas prioritaires, comme l'explique Andert et al. (2016).) Néanmoins, comme les interventions se faisaient principalement en passant par le système de santé, de nombreux woredas en priorité 1 ont été en mesure de répondre aux urgences avec un soutien minimal des ONG.

Pour mieux déterminer le niveau de soutien dont chaque woreda prioritaire a besoin, l'UCNU a développé un outil de cartographie des capacités avec des renvois à la matrice 4-W pour pouvoir analyser les lacunes et guider les ONG de manière adéquate. L'outil de cartographie des capacités reposait sur des données courantes telles que l'historique de la classification des zones à risque, les résultats des programmes de GCMA (taux de guérison, défauts, de mortalité, de déclaration), la charge de travail moyenne par centre, la couverture des centres de traitement MAS et MAM, les données de dépistage et de couverture, l'existence de programmes de développement, l'accessibilité physique et la distance par rapport au bureau régional de la santé. Ces données ont été recueillies par l'UCNU régionale puis compilées au sein d'un outil unique par l'UCNU fédérale. À l'aide des informations ci-dessus et de limites prédéfinies, il a été possible d'indiquer le degré de soutien dont un woreda pourrait avoir besoin, lequel va d'un soutien intensif à un soutien partiel pour le renforcement du système.

D'autre part, une matrice des responsabilités a été établie afin de définir clairement les rôles et responsabilités de chaque partie intervenante. Elle a été structurée en fonction des trois zones stratégiques du plan d'intervention. Sous chacune de ces zones, les activités principales ainsi que les responsabilités/contributions ont été énumérées par chaque entité. Le processus était piloté par l'UNICEF pour les agences des Nations Unies, par le Plan international pour les ONG, et par la NDRMCC et le FMoH pour le gouvernement. L'UCNU a regroupé toutes les informations dans un seul document cohérent (Graphique 7). 

Graphique 7 : Exemple de matrice des responsabilités

en traduction - Version française bientôt disponible

Encadré 2 : Outils pour une meilleure planification et coordination de l'intervention

La matrice 4-W a été affinée pour que soient inclus :

- Le nombre de kebeles couverts par chaque ONG pour favoriser une couverture complète dans tous les woredas.
- Des précisions sur le type de soutien fourni (Programme thérapeutique ambulatoire OTP, SC, et les PACC, Programmes alimentaires complémentaires ciblés) afin d'encourager les ONG à capacités limitées à s'associer pour combler les lacunes dans les services.

- La couverture ANJE-U pour attirer davantage l'attention des donateurs et des partenaires dans ce domaine.

- Les activités de promotion de l'hygiène, pour une meilleure coordination inter-groupe (il n'était pas possible de faire la même chose avec d'autres secteurs en raison des besoins propres à chaque région).

Les leçons apprises 

Le système de coordination solide et bien établi du gouvernement a été déterminant pour une intervention d'urgence efficace lors de la sécheresse causée par El Niño en 2015 et 2016. Cependant, au point culminant de la situation d'urgence, les décideurs manquaient d'une compréhension technique de la nutrition et en conséquence, avaient besoin de nombreuses séances d'information sur la nutrition en cas d'urgence. Ceci a probablement retardé certaines prises de décisions importantes au début de la situation d'urgence, et montre le besoin de se pencher sur les moyens à utiliser pour initier les bailleurs de fonds de haut niveau aux principes de base de la nutrition dans les situations d'urgence (NiE). Malgré tout, la participation du gouvernement à la coordination de groupe a permis de s'assurer que les activités des partenaires concordaient avec les priorités gouvernementales. Parallèlement, les décideurs pouvaient s'adresser au Groupe de la nutrition, soutenu par l'UNICEF, pour obtenir des conseils techniques sur la planification et l'exécution de l'intervention.

Les évaluations menées par le gouvernement sont importantes pour le pays, notamment pour la mobilisation de ressources nationales.  En 2016, presque la moitié du financement requis, soit 1,4 milliard de dollars, a été octroyé par le gouvernement éthiopien. Il n'en reste pas moins que l'inclusion de multiples partenaires et secteurs au cours de l'évaluation, la classification des woredas prioritaires et l'évaluation de la charge de travail dans la malnutrition aiguë se sont révélés essentiels pour une plus grande transparence et acceptation des résultats par la communauté humanitaire. Le groupe reste la plateforme principale pour rassembler les différents bailleurs de fonds.

Leur grand nombre ainsi qu'une connaissance limitée de la manière de soutenir une intervention d'urgence menée par le gouvernement pouvaient éventuellement créer des confusions et une déresponsabilisation. La matrice des responsabilités a permis de clarifier les rôles et les responsabilités et a en partie été créée en réponse aux questions du gouvernement sur la valeur ajoutée des ONG là où la GCMA est relativement bien établie. Ces dix dernières années, le rôle des ONG a été réduit à une « approche discrète », essentiellement pour combler l'absence d'un système logistique parallèle, offrir des formations de rattrapage, et, là où c'était possible, assurer des PACC mensuels, ce qui se fait encore en dehors du système de santé. Il existe un besoin de poursuivre le dialogue sur la manière de mieux définir les rôles et responsabilités, présents et à venir, des partenaires, dans le contexte d'une intervention dirigée par le gouvernement.

Avec de tels services décentralisés pour le traitement de la malnutrition aiguë, la moyenne des admissions en 2015/2016, malgré un pic, est restée bien en-deçà de ce que peut gérer le gouvernement. Il faut prendre en compte ces capacités lorsque l'on organise une intervention. L'outil de cartographie des capacités a servi à recenser les woredas que pouvait gérer le FMoH et ceux qui avaient besoin d'un degré plus élevé d'engagement de la part des partenaires. Ceci a favorisé un meilleur soutien du système de santé dans l'intervention d'urgence sans créer un système parallèle, sans surexploiter les ressources gouvernementales pour la santé ni compromettre les efforts pour renforcer le système de santé. L'outil de cartographie des capacités pour les woredas devrait être adapté davantage et relié à un ensemble de déclencheurs et réactions propres à une région afin d'accélérer le processus de décision lorsqu'il s'agit de déterminer les woredas qui ont besoin d'un soutien supplémentaire pour gérer les vagues de malnutrition aiguë.

Ces nouveaux outils, ainsi que les diverses plateformes de coordination régionales et infranationales, ont contribué à coordonner la multiplicité de partenaires et à tirer le meilleur parti des ressources disponibles ; toutefois, leur engagement continu est nécessaire pour que les outils soient constamment mis à jour et prêts à l'emploi en cas de nouvelle situation d'urgence.

Défis immédiats et perspectives

Dans les communautés pastorales où le déploiement des services de GCMA statiques a stagné derrière les plateaux d'Éthiopie, la capacité de résilience du système de santé est essentielle pour intervenir rapidement face aux augmentations de cas de MAS. Il sera nécessaire d'établir des liens avec d'autres secteurs, étant donné les coûts opérationnels onéreux dans ces zones et les risques sanitaires élevés associés aux épidémies là où les services de santé habituels sont mis à rude épreuve.

Une direction nationale est plus en mesure de diriger et promouvoir la programmation intersectorielle, la surveillance et l'intervention, en portant une attention particulière aux besoins propres à un contexte au niveau du site. Le modèle ICP utilisé pour traiter la diarrhée aqueuse aiguë s'est avéré une approche fructueuse dans l'organisation d'une intervention efficace et multisectorielle pour réduire l'épidémie. Le Bureau régional de la santé et le DPPB (Disaster Preparedness and Prevention Bureau) a demandé que la même stratégie et approche soient utilisées pour gérer la crise nutritionnelle en Somalie qui a éclaté en 2017 et qui perdure.

Enfin, jusqu'à ce que la gestion de la MAM soit complètement intégrée au système de santé, un soutien externe sera encore requis, car cette intégration demeure prioritaire. Le PAM et l'UNICEF ont créé une feuille de route pour accélérer cette intégration sous la direction du ministère de la Santé. Les NDRMC qui gèrent le traitement de la MAM et le FMoH ont engagé des discussions à ce sujet.

Pour de plus amples renseignements, contactez Amal Tucker Brown


Footnotes

1Auparavant nommée DPPA (Disaster Presentation and Preparedness Agency) puis DRMFSS (Disaster Risk Management and Food Security Sector).

2L'ICP impliquait l'établissement de six piliers : gestion de cas, surveillance, logistique, EAH, gestion de la coordination/information, et communication sur les changements sociaux et comportementaux/communication pour le développement (SBCC/C4D). Des représentants de chaque groupe ont été désignés pour présider et assurer le suivi de chacun de ces piliers, faisant ainsi en sorte que les commentaires touchent tous les aspects des activités, ce qui est essentiel pour l'intervention.


Références

Babu G, Rutishauser-Perera A et Prudhon C. (2017). Évaluation des différences dans l'ampleur des efforts d'intervention d'urgence nutritionnelle dans les régions touchées par El Niño en Éthiopie. Field Exchange 54, février 2017. p. 98. www.ennonline.net/fex/54/elninoinethiopia

Andert C, Muzeiyn Z, Barthorp H et O'Mahony S.  (2017). Mise à l'échelle PCMA : expérience de la réponse au phénomène El Niño en Éthiopie en 2016. Field Exchange 54, février 2017. p. 11.  www.ennonline.net/fex/54/cmamelninoethiopia

Tucker Brown A et Ategbo EA (2017). Interventions pour renforcer la résilience du système de santé suite à la sécheresse d'El Niño en Éthiopie. Field Exchange 55, Juillet 2017. p. 94. www.ennonline.net/interventionstobuildresilienceofthehealthsystemtotheelniodroughtinethiopia

EDHS 2000, 2006, 2011, 2016. Ethiopia Democratic and Health Surveys 2000, 2006, 2011, 2016.

HRD 2016. Human Requirements Document, Ethiopia (2016). https://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/ethiopia_hrd_2016.pdf

 

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Amal Tucker Brown, Orla Mary O’Neill et Ki Yeon Yoon (2018). La coordination des groupes dans les interventions d'urgence menées par le gouvernement en Éthiopie. Field Exchange 56, December 2017. www.ennonline.net/fex/56/interventionsd'urgenceéthiopie

(ENN_5952)

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