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Comment fonctionnent les programmes d’alimentation scolaire locaux et à bas coût ? Enseignements tirés du Malawi

Par Devon Jaffe-Urell, Bernard Chigaya, Alexander Mwangonde, Victor Kadzinje, Paul Nguluwe, Edward Joy et Helen Moestue

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Devon Jaffe-Urell est chargée de recherche pour Save the Children et a récemment achevé un Master en Sciences avec spécialité en nutrition pour la santé mondiale à l’université London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM). Elle a auparavant travaillé pour Save the Children au Rwanda, à Haïti et au Laos. 

Bernard Chigaya est spécialiste en développement communautaire et dispose d’une certaine expérience dans le renforcement des capacités au sein des communautés et dans le recueil, l’analyse et la transcription de données ainsi que dans la rédaction de rapports.

Alexander Kamesu Mwangonde est coordinateur santé et nutrition en milieu scolaire pour Save the Children au Malawi. Il dispose d’une expérience importante en termes de santé nationale, de programmes d’intervention sur l’eau, l’assainissement et l’hygiène (EAH), ainsi qu'en matière de santé maternelle et infantile communautaire au Malawi.

Victor Kadzinje travaille pour Save the Children Malawi, coordonne un programme de lutte contre le paludisme et dispose d’une expérience étendue en matière de renforcement des systèmes de santé, de prestation de soins de santé et de mobilisation communautaire.

Paul Nguluwe travaille pour Save the Children au Malawi, plus particulièrement dans les domaines de la lutte contre le paludisme en milieu scolaire, ainsi que du développement et de la nutrition pour la petite enfance. Paul dispose de connaissances et d’une expérience approfondies dans la mise en œuvre d’approches fondées sur les droits (RBA) et se consacre aux questions de diversité en matière de genre ainsi qu'aux droits de l’homme.

Edward Joy est chargé de recherche en nutrition et durabilité à l’université LSHTM. Ses recherches portent sur la dynamique des micronutriments dans le cadre de systèmes agricoles et alimentaires au sein de divers pays, dont l’Éthiopie et le Malawi.

Helen Moestue est conseillère scolaire en santé et en nutrition pour Save the Children US, organisation basée à Oslo qui soutient des projets utilisant les établissements scolaires et pré-scolaires comme plateformes de nutrition. Elle est titulaire d’un Master en Sciences et d’un doctorat de l’université LSHTM et a auparavant travaillé pour l'UNICEF et d’autres agences sur des projets de santé et de protection intégrées pour les enfants.

Lieu : Zomba, Malawi

Ce que nous savons : la distribution de repas scolaires constitue un mécanisme courant en vue de tenter de réduire le taux de malnutrition des enfants tout en améliorant le taux de fréquentation scolaire. 

Qu'apporte cet article : en collaboration avec le Ministère de l’éducation, des sciences et de la technologie et du Ministère de l’agriculture du Malawi, Save the Children mène, depuis 2015, un programme pilote d’alimentation scolaire locale au sein des écoles primaires du sud du Malawi. Opérant actuellement au sein de 17 écoles, un jardin communautaire fournit des céréales préparées par des mères/bénévoles et est géré par les professeurs principaux/comités de parents d’élèves. Une petite étude qualitative a permis de déterminer les coûts et les bénéfices de l’approche ainsi que la faisabilité, l'acceptabilité et la pérennité potentielle du programme. L’intervention a bénéficié d’un accueil positif ; les informateurs clés/groupes témoins ont fait état d’impacts positifs sur la faim et la fréquentation scolaire des enfants lors de la mise à disposition de repas. Toutefois l’insécurité alimentaire générale et la sécheresse ont affecté de façon négative les rendements des jardins ainsi que la fréquentation scolaire. Parmi les défis opérationnels ayant affecté la distribution de repas, on a compté des problèmes dans l'obtention de terres pour les jardins, les retards d'approvisionnement en graines, un équipement de cuisine/d’alimentation inadéquat, la formation non systématique des comités scolaires et la qualité nutritionnelle insuffisante des repas scolaires. La disponibilité de la bouillie de maïs variait dans la pratique (allant d’environ six semaines à trois mois plutôt que pendant toute l’année) et a exigé beaucoup de travail de la part des mères dans le cadre de la préparation. Un apprentissage plus large est actuellement en cours par Save the Children en compagnie d’autres partenaires expérimentés au Malawi afin d’examiner la faisabilité, l’acceptabilité et la pérennité potentielle de cette approche.

Contexte

Le Malawi affiche l’un des taux de malnutrition chronique les plus élevés au monde, occupant la 73ème place sur 104 pays au GHI (Indice de la faim), et avec 37 % des enfants âgés de six à 59 mois présentant un retard de croissance modéré à sévère. Le gouvernement du Malawi a récemment indiqué que la mise à disposition de repas scolaires constituait un important mécanisme pour la réduction du taux de malnutrition chez les enfants ainsi que pour l’amélioration du taux de fréquentation scolaire. Les programmes d’alimentation scolaire locaux (HGSF), en particulier ceux ayant recours à des aliments produits et achetés localement afin d’associer production agricole et distribution de repas scolaires, contribuent simultanément à la satisfaction de plusieurs objectifs nationaux malawiens en termes de nutrition, de sécurité alimentaire, d’éducation et de développement des enfants.

Des programmes d’alimentation scolaire sont actuellement mis en œuvre au Malawi dans toutes les régions, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) et le GIZ étant les principaux acteurs participant au programme HGSF. Il apparaît de plus en plus clairement que les programmes d’alimentation scolaire peuvent réduire la prévalence du retard de croissance et de la sous-alimentation chez les enfants des écoles primaires, ce qui permet d’améliorer les taux de fréquentation scolaire dans toutes les classes et de réduire l’insécurité alimentaire. De récents chocs climatiques affectant le Malawi, dont avant tout des périodes de sécheresse, ont néanmoins gravement affecté la production agricole et par conséquent, 6,7 millions de personnes ont eu recours à l’assistance humanitaire en 2016-2017 dans tout le pays. Des méthodes efficaces doivent être identifiées afin d’atténuer les effets de ces chocs et de renforcer la capacité de résilience des Malawiens les plus pauvres en vue de les aider à affronter les prochains chocs climatiques qui seront inévitables.

Le programme d’alimentation scolaire local

Historique

Le gouvernement du Malawi a mis l'accent sur la distribution de repas scolaires aux apprenants, notamment dans le cadre d’approches garantissant la participation de la communauté locale à la production, à la distribution et à la préparation de repas scolaires. En 2009, le Ministère de l’éducation, des sciences et de la technologie (MoEST) aidé des Ministères de la santé (MoH) et de l’agriculture (MoA), a créé le Secrétariat à la santé et à l'alimentation scolaires (DSHN). Les ministères ont aussi lancé un Plan stratégique national sur la santé et l'alimentation scolaires ainsi que des directives relatives à sa mise en œuvre en 2018.

Récemment, le gouvernement du Malawi a coordonné et intégré divers programmes de soutien social par l’intermédiaire du nouveau Programme national de soutien social du Malawi (MNSSP II) qui comprend le programme relatif aux repas scolaires. En qualité de gardien de la politique de santé et de nutrition scolaires (SNH), le Ministère de l’éducation, des sciences et de la technologie supervise toutes les activités HGSF, tandis que le Ministère de l’agriculture et le Ministère de la santé fournissent respectivement une expertise technique sur l’agriculture et la nutrition. Membre du Groupe national de travail technique consacré à la santé et à la nutrition scolaires, Save the Children (SC) a apporté sa contribution au développement du Programme national de soutien social du Malawi II et des directives reprenant des pratiques exemplaires sont actuellement en cours de développement. À l’échelon du district, SC a collaboré avec le Secrétariat à la santé et à la nutrition scolaires ainsi qu'avec d’autres services, et ce depuis le début de son programme de santé et de nutrition scolaires élargi et financé par le mécénat, à Zomba en 2008. 

Lancée dans un premier temps au sein de 13 écoles primaires du district de Zomba en 2013-2014 dans le cadre d’un programme de santé et d'alimentation scolaires, l’approche HGSF de SC a désormais été étendue à 17 écoles et profite à près de 8 600 enfants. SC a pour objectif d’intensifier en continu le programme HGSF au sein de sa zone d’impact en coopération avec les trois ministères. SC et les ministères détermineront alors le potentiel de plaidoyer en vue de l’intensification du programme HGSF au sein des écoles du pays.

Approche de programme

SC travaille en coopération directe avec le personnel scolaire responsable de la gestion du programme HGSF, c’est-à-dire le professeur principal de chaque école et les comités de parents d’élèves et de professeurs, afin de fournir un soutien financier pour la formation, la surveillance et le suivi. Les intrants maraîchers sont fournis par le Ministère de l’agriculture et comprennent généralement des graines de maïs afin de fournir la bouillie de base à laquelle s’ajoutent du soja ou des pois perdrix destinés à renforcer le profil nutritionnel des repas.

Le programme est axé sur un jardin communautaire localisé au sein ou autour de chaque campus scolaire. Les terres fertiles sont identifiées par les établissements scolaires eux-mêmes et sont soit louées auprès des communautés locales, soit données par ces dernières. Sous la surveillance des professeurs principaux, du personnel scolaire délégué et des comités de parents d’élèves et de professeurs, les céréales sont cultivées et récoltées en commun, entreposées jusqu’à la saison maigre, puis préparées par des bénévoles communautaires pour servir de repas de midi aux élèves. Il convient de remarquer que la participation des élèves à la gestion des jardins scolaires varie en fonction des établissements. Certaines écoles se servent des jardins comme d’une base pédagogique pour certains cours et sessions pratiques sur l’agriculture et la santé, tandis que d’autres n’y ont pas recours. 

Méthodologie de l’étude

En coopération avec l’université London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM), SC a réalisé une petite étude qualitative en 2017 afin d’explorer les coûts et les bénéfices perçus de l’approche, sa faisabilité, son acceptabilité et sa pérennité potentielle. Cette étude financée par le mécénat a été menée afin de contribuer aux efforts de SC en matière de recueil de données en vue d'un programme efficace pour les enfants. Neuf des 17 écoles pilotes ont été sélectionnées et ont participé à l’étude dans le cadre d’un échantillonnage intentionnel et aléatoire, ceci afin d’assurer la représentation de l’ensemble des sept districts de Zomba. Les participants comprenaient des élèves garçons et filles, des membres de comités communautaires et de parents d’élèves engagés dans le cadre du programme, ainsi que des professeurs principaux. Au total, neuf entretiens avec des groupes témoins et neuf entretiens avec des informateurs clés ont été menés dans toutes les écoles témoins. De plus, des observations ont été réalisées dans chaque école afin d’évaluer la localisation et la taille du jardin, la cuisine, les latrines et les installations de stockage des récoltes. Des entretiens ont aussi eu lieu avec des experts locaux en HGSF, y compris des représentants du gouvernement et des secteurs d’organisations non gouvernementales. Une analyse thématique a été menée afin d’identifier les thèmes clés ; les résultats ont été partagés et validés avec des partenaires à l’échelon du district et au niveau national. 

Résultats

Bien que l’objectif primaire de l’étude ait consisté à analyser les perspectives des bénéficiaires sur le programme HGSF, les visites scolaires comprenaient aussi le recueil de données qualitatives par des observations et des entretiens directs avec des professeurs principaux. Comme le tableau 1 le résume, les activités opérationnelles au sein des écoles sélectionnées ont varié. Parmi les neuf écoles évaluées, trois disposaient d’un jardin situé sur le campus, tandis que cinq autres établissements louaient des terres aux communautés locales et une école bénéficiait d’une donation communautaire. L’identification de terres propres au maraîchage incombe au personnel scolaire et aux comités de parents d’élèves et de professeurs. Les bénéficiaires ont néanmoins indiqué que le problème de l’accès aux terres constituait un défi clé au programme, étant donné la nécessité d’identifier de nouvelles terres chaque année en raison des règles communautaires et de la rareté des parcelles résultant de la surpopulation régnant dans la région. Le fait d’entretenir des liens avec les chefs communautaires a notamment été identifié comme constituant une condition essentielle à la pérennité du programme afin d’obtenir un plus grand appui et de bénéficier du soutien de la communauté. 

Tableau 1 : Résumé du programme HGSF financé par Save the Children dans le sud du Malawi 

Les intrants du Ministère de l’agriculture distribués par SC comprenaient des engrais et des graines de maïs dont la quantité variait selon la taille de l’école. Par exemple, une école comptant environ 800 élèves a reçu en une fois 100 kg d'engrais et 10 kg de graines de maïs. Les graines de pois perdrix ou de soja étaient aussi comprises dans les intrants agricoles ; le type de culture d’appoint variant en fonction des années selon la sélection du ministère.

Production des cultures

Bien que les intrants aient été plutôt uniformes de manière générale parmi l’ensemble des écoles pilotes, les rendements des cultures obtenus dans les jardins scolaires variaient largement et étaient considérablement affectés par les sécheresses et les inondations de ces dernières années. La récolte 2016-2017 a permis d’obtenir en moyenne 23 sacs de maïs par école, sur une marge allant de 3 à 49 sacs. Au cours de la saison 2015-2016 qui s’est caractérisée par une sécheresse, la production des cultures a varié d’un seul à sept sacs de maïs par école. La production à partir de graines d’appoint était minimale, cinq écoles sur neuf ayant obtenu un à deux sacs de pois perdrix ou de soja. En tant que tels, les repas scolaires générés par le programme HGSF consistaient en une bouillie à base de maïs complétée par des pois ou du soja pour ces cinq écoles  uniquement.

Mise à disposition de repas

L’insuffisance du rendement des jardins a entraîné une diminution du nombre de repas fournis par rapport à la quantité prévue, et cette carence est considérée comme un défi essentiel au programme HGSF par la plupart des bénéficiaires interrogés. Bien que des repas aient été fournis au cours de la saison maigre dans le cadre d’un effort de lutte contre l’insécurité alimentaire critique sévissant dans les communautés de la région, des écoles ont été en mesure de fournir des repas pendant au maximum quatre mois par an et au minimum une semaine. En dehors du programme HGSF, aucun repas n’était fourni dans aucune des écoles pilotes. Des problèmes liés à l’organisation des comités scolaires et à la gestion du programme ainsi qu'à la capacité des écoles à opérer le programme tout au long de l’année ont contribué au défi représenté par une distribution systématique des repas. La gestion des jardins et la préparation des repas sont prises en charge par des bénévoles communautaires, dont la majorité sont des femmes. Un récent mandat gouvernemental visant à servir l’ensemble des repas scolaires avant le premier cours de la journée est venu exacerber les contraintes de temps associées au programme, les bénévoles devant négliger leurs devoirs domestiques afin d’arriver sur le campus plus tôt le matin pour préparer la bouillie. 

Formation

En vue de renforcer les capacités scolaires et l’appropriation du programme HGSF par la communauté, SC avait pour objectif de fournir une formation annuelle à chaque école sur l’exploitation, la gestion des jardins et les techniques de préparation des repas. Sur la base de l’auto-évaluation, certaines personnes interrogées ont répondu n’avoir jamais bénéficié de formation, tandis que d’autres personnes ont été formées plus d’une fois par an. De nombreux défis ont néanmoins été soulignés : tout d’abord, certains bénéficiaires ont confondu les visites d’apprentissage/d’observation SC avec l’organisation d’une formation ; ensuite, les formations ne s’adressaient pas toujours à l’ensemble des membres des comités dans une école donnée en raison de contraintes financières ; pour finir, les remplaçants avaient tendance à rater la formation annuelle en raison du roulement parmi les membres de comités. Au vu de l’important roulement du personnel scolaire et des membres de comités en charge du programme, les bénéficiaires ont estimé que des formations plus fréquentes pourraient améliorer les résultats de l’initiative. Il a de plus été remarqué que les formations présentaient des lacunes en termes de pratiques d’hygiène, de techniques agricoles modernes permettant une exploitation malgré la sécheresse, et de préparation de bouillie en grande quantité.

Cuisines

Conformément au plan du programme, les écoles ont installé des cuisines de leur propre initiative. Cependant, seulement quatre des neuf écoles pilotes disposaient d’un espace cuisine au moment de l’évaluation. Des membres des comités et des élèves ont apporté des ustensiles de cuisine dans le cadre du programme, y compris des casseroles et des bols. Les élèves ont estimé que le fait de ramener des bols de la maison constituait un défi majeur car bon nombre ne pouvait pas le faire. D’autres élèves ont dû faire face aux réactions négatives de leurs parents lorsque les bols étaient perdus, cassés ou volés. 

Succès du programme 

Amélioration de la fréquentation scolaire/réduction de l’absentéisme

De manière générale, le programme HGSF a été reçu de manière positive par les bénéficiaires ainsi que par les autres parties prenantes. La plupart des participants ont fait état d’une amélioration de la scolarisation, citée comme le premier succès du programme HGSF, et ont remarqué que l’amélioration des performances scolaires était un bénéfice consécutif aux efforts de lutte contre la faim. Les professeurs principaux ont tous noté la diminution de l’absentéisme consécutive à la mise en œuvre du programme, associée à une fluctuation des taux de présence dépendant de la distribution de repas. Le lancement de l’approche HGSF a enthousiasmé les membres de la communauté, et cela est avant tout dû à son effet sur la fréquentation scolaire. Plusieurs membres de différents comités de parents d’élèves et de professeurs ont remarqué les résultats à long terme du programme ; comme l’a déclaré un responsable d’une association de parents d’élèves, « Nous étions ravis lorsque nous avons appris le lancement du programme d’alimentation scolaire ici. Cette initiative nous a permis de récupérer les enfants concernés par le mariage précoce et de les ramener à l’école. »

Ceci dit, les informateurs indiquent que la hausse de l’absentéisme coïncidait avec l’insécurité alimentaire domestique, ce qui a provoqué une réduction des effets positifs associés au programme HGSF. La sécheresse de 2015-2016 a entraîné une diminution du rendement des récoltes aussi bien dans les jardins domestiques que dans les jardins scolaires. Les bénéficiaires ont noté une réduction des taux de fréquentation à cette époque car les élèves avaient trop faim pour se rendre à l’école ou devaient chercher du travail en allant jusqu’au Mozambique ou en Afrique du Sud. Il est évident que l’effet positif sur l’absentéisme dépendait d’un degré minimal de sécurité alimentaire au sein des ménages bénéficiaires. Néanmoins, la mise à disposition de repas scolaires a souvent été citée comme jouant un rôle dans la réduction de l’insécurité alimentaire à domicile en garantissant la prise d’un repas hors du foyer. La contribution limitée des parents au programme et la dépendance à l’égard de l’aide alimentaire ont aussi été soulignées comme constituant des conséquences clés de l'instabilité des phénomènes climatiques.

Sensibilisation de la communauté

Parmi les neuf entretiens menés avec des informateurs clés en la personne de professeurs principaux, six d’entre eux ont indiqué que la sensibilisation de la communauté constituait une méthode d’amélioration des connaissances et de participation au programme. L’engagement direct des chefs de village dans le cadre du programme constituait un facteur clé de la réussite du programme. Ces résultats sont confirmés par d’autres études menées dans toute l’Afrique subsaharienne par le Programme alimentaire mondial (PAM), le Partenariat pour le développement de l’enfant et d’autres organisations ; des campagnes de sensibilisation visant à contribuer à l’engagement et au développement communautaire ont soutenu des interventions HGSF à titre d’outil dans le cadre du passage à des programmes nationaux d’alimentation scolaire. Il est admis que le renforcement des capacités communautaires occupe un rôle essentiel dans l’appropriation par la communauté, ce qui améliore significativement la distribution de services HGSF.

Défis du programme

Les participants à l’étude ont souligné deux points faibles affectant l’approche actuelle : l’insuffisance des intrants agricoles, et notamment des graines, ce qui a engendré de faibles rendements de culture (notamment en termes de production de maïs) et la qualité nutritionnelle insuffisante des repas scolaires. En rapport avec ces points faibles, les bénéficiaires et les experts s’accordaient sur le fait que l’instabilité climatique constituait une menace externe portant préjudice au succès du programme. Les parents et les membres de comités ont estimé que leurs connaissances inadéquates à propos de pratiques agricoles plus durables et modernes les ont empêchés de gérer et d’exploiter le programme selon son plein potentiel. De plus, un accès cohérent et fiable à des terres sur lesquelles il serait possible d’exploiter des jardins scolaires constituait un important défi et un obstacle clair à la pérennité du programme.

À une plus large échelle, les priorités divergentes des trois ministères impliqués dans le programme ont porté préjudice à la coordination de la mise en œuvre du programme HGSF. Le Ministère de l’agriculture avait tendance à servir la communauté générale plutôt que de se concentrer sur les écoles, alors qu'au contraire le Ministère de l’éducation, des sciences et de la technologie favorisait l’amélioration des résultats scolaires plutôt que la santé. 

Insuffisance des intrants agricoles

Une livraison d’intrants agricoles en inadéquation avec la saison des cultures était fréquemment citée à titre d’obstacle à la participation communautaire au programme, réduisant encore le potentiel de production escomptée. Plus spécifiquement, les professeurs principaux et les membres de comités de six écoles sur neuf ont été confrontés à des retards de livraison de graines et/ou d'engrais ; une livraison tardive étant simultanée à l’apparition de la saison des pluies, ce qui s’accompagnait de dégâts des cultures. Le rôle de SC dans la mise en œuvre du programme était limité à la mobilisation des écoles et des communautés afin de lancer et de gérer le programme, les intrants agricoles étant sélectionnés et fournis par le Ministère de l’agriculture. Néanmoins, les causes de l’expérience négative des bénéficiaires à l’égard de la quantité, de la diversité et du calendrier de livraison des intrants étaient attribuées à SC, pas au gouvernement. Le manque de connaissances est dû à une formation insuffisante des bénéficiaires ou à des carences dans la mise en œuvre du programme conformément au plan, la communauté étant censée s'approprier et gérer elle-même l’approche HGSF. La réception des intrants agricoles, généralement des graines de maïs ici, est essentielle à la fonctionnalité et à la longévité du programme.

Insuffisance des terres

Des bénéficiaires de l’ensemble des neuf écoles ont fait état de défis en termes d’insuffisance dans l'acquisition et la pérennisation de terres destinées à l’exploitation des jardins. Conformément au plan du programme, les jardins sont conçus pour être situés sur des campus, mais six des neuf écoles louent actuellement des terres auprès de communautés locales. Les obstacles à une gestion et une production réussies comprenaient le vol de jeunes plants et de cultures, le changement des accords de location et la distance à couvrir entre l’école et la communauté. Comme l’a indiqué un membre du Ministère de l’éducation, des sciences et de la technologie, l’acquisition de terres permanentes constitue un défi clé : « À Zomba en particulier, on constate l’existence de problèmes liés aux terres pour les écoles. Parfois, les responsables identifient un lopin de terre qu’ils peuvent louer, et l’année suivante, le propriétaire leur dit : 'Non, j’aimerais faire ce que je veux de cette propriété, allez chercher des terres ailleurs'.»

Contraintes de temps

Le personnel et les comités scolaires ont noté les contraintes de temps associées à la gestion et à l’exploitation du programme HGSF. Les bénévoles féminines chargées de la préparation de la bouillie quotidienne avaient des difficultés à gérer le temps passé à l’école et leurs propres tâches domestiques. Bien qu’elles soient de manière significative favorables au programme, certaines bénévoles interrogées ont souligné le fait que le temps associé à la gestion de la préparation des repas constituait un défi critique. Par exemple, le manque de casseroles et d’ustensiles de cuisine ont exigé des bénévoles qu’ils préparent la bouillie à tour de rôle car les réserves ne suffisaient pas pour alimenter l'ensemble des élèves. 

Qualité nutritionnelle médiocre des repas scolaires

La plupart des bénéficiaires estimaient que la bouillie de maïs affichait une qualité nutritionnelle insuffisante ; bon nombre des personnes interrogées ont estimé que l’amélioration de l’impact du programme exigerait des repas plus riches en nutriments. Les membres des comités scolaires ont témoigné que le manque de formation constituait un obstacle à une distribution de repas plus nutritifs : « Les personnes qui préparent la bouillie ... doivent être formées à la préparation d’une bouillie hygiénique et nutritive. » 

Enseignements tirés

L’approche HGSF de SC constitue un modèle à bas coût susceptible de constituer une méthode durable de réduction de l’insécurité alimentaire et d’amélioration des résultats scolaires. Bien qu’aucune analyse des coûts n’ait été menée à ce jour, les principaux coûts financiers et d’opportunité comprennent la formation pour SC, le temps que les bénévoles consacrent aux communautés, et enfin les semences ainsi que les engrais fournis par le gouvernement (ce dernier étant déjà inclus au budget national).

Toutefois, plusieurs défis opérationnels détaillés ont été identifiés. Sur la base des résultats mis en valeur ici, les réflexions portant sur la prolongation ou le renouvellement des programmes comprennent un besoin de formations plus fréquentes afin de sensibiliser les communautés à la gestion et à l’exécution du programme, une éducation à la nutrition et le renforcement de la collaboration à l’échelle des parties prenantes. Il convient aussi de tenir compte des efforts d’amélioration de la qualité nutritionnelle de la bouillie qui doivent justifier la sélection des intrants agricoles à distribuer aux jardins scolaires. De plus, le nombre d’intrants agricoles doit correspondre au nombre d'inscriptions scolaires et ceux-ci doivent être fournis à temps pour le cycle de plantation/récolte. À l’échelle stratégique, la réussite de la mise en œuvre et de l’extension du programme nécessite une collaboration renforcée et rationalisée entre les partenaires, y compris les ministères, et ce dès le stade de planification.

À l’avenir, un groupe de travail incluant l’ensemble des partenaires sera établi afin de déterminer les étapes ultérieures du programme HGSF, y compris les éventuelles adaptations de l’approche actuelle en vue afin de renforcer la sensibilisation à la nutrition, d’avoir recours à des semences plus diverses à titre d’intrants agricoles et, éventuellement, de se concentrer plutôt sur les écoles affichant les plus grandes capacités d’adoption du programme. Aucun plan concret concernant de futures recherches n’est néanmoins établi car SC attend le retour du gouvernement. Une étude quantitative plus large est toutefois nécessaire afin d’évaluer l’impact nutritionnel du programme.

Critères de réussite

En qualité de programme communautaire reposant sur l’agriculture, la réussite de l’approche HGSF dépend de certaines circonstances. Comme la présente étude le révèle et ainsi que d’autres organisations l’ont constaté dans le cadre d’approches HGSF au Malawi, notamment le GIZ, ces critères comprennent :

Conclusion

Ces résultats illustrent le fait que l’approche de SC en matière de HGSF est bien reçue par les bénéficiaires et peut réduire l’absentéisme au sein des écoles primaires. Cette approche communautaire à bas coût est potentiellement reproductible et durable. La poursuite et l’extension de l’intervention risquent néanmoins d’être entravées par la faible coordination des parties prenantes, les capacités insuffisantes de certaines communautés à gérer le programme et l’impact de l'instabilité climatique sur la production agricole. SC continue d'examiner les données factuelles générées par la présente étude et établit un dialogue avec des partenaires et d’autres organisations expérimentées, y compris le PAM et le GIZ, afin de partager et d’apprendre les pratiques exemplaires. Le fait de relever ces défis sera essentiel à l’égard de l’acceptabilité, de la durabilité et de l’expansion du programme HGSF au sein du district de Zomba et partout ailleurs au Malawi. 

Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter Helen Moestue.

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Devon Jaffe-Urell, Bernard Chigaya, Alexander Mwangonde, Victor Kadzinje, Paul Nguluwe, Edward Joy et Helen Moestue (2018). Comment fonctionnent les programmes d’alimentation scolaire locaux et à bas coût ? Enseignements tirés du Malawi. Field Exchange 57, March 2018. www.ennonline.net/fex/57/commentfonctionnent

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