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Expansion des interventions nutritionnelles à fort impact dans les quartiers informels de Nairobi (Kenya)

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Par Kassim Lupao et Esther Mogusu

Kassim Lupao est responsable du programme de santé et de nutrition de la ville de Nairobi pour le compte de Concern Worldwide. Il a plusieurs années d'expérience dans la mise en œuvre d'interventions nutritionnelles à fort impact dans les zones urbaines. Par ailleurs, il forme les formateurs aux programmes de nutrition et a aidé à élaborer les évaluations, stratégies et plans d'action en matière de nutrition dans le comté de Nairobi.

Esther Mogusu est la coordinatrice nutrition pour la ville de Nairobi. Elle a plus de 15 ans d'expérience dans la mise en œuvre de programmes de nutrition au Kenya au niveau des structures sanitaires, des sous-comtés et des comtés. Elle est tutrice et formatrice de formateurs en programmes de nutrition.

L'UNICEF a assuré le financement de cette opération d'expansion des interventions nutritionnelles à fort impact à Nairobi.

ENN remercie le Bureau régional de l'UNICEF pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre (WCARO) pour son soutien à la traduction des articles sur Field Exchange en français.

Lieu : Kenya

Ce que nous savons : l'expansion des interventions nutritionnelles à fort impact (HINI pour high-impact nutrition interventions) est nécessaire pour lutter contre la malnutrition de manière globale.

Qu'apporte cet article : l'émaciation est normale dans les quartiers urbains informels, et les cas de retard de croissance, de carences en micronutriments et d'obésité sont également très nombreux dans le comté de Nairobi. Concern Worldwide a mis en œuvre un programme de soutien au gouvernement d'une durée de cinq ans, afin de renforcer les HINI par le biais du système de santé de Nairobi. Elle a notamment élaboré des politiques stratégiques, mené des évaluations et des analyses nutritionnelles, renforcé les compétences des professionnels de santé en matière de nutrition et a mis en place un système d'alerte ainsi qu'un mécanisme d'intervention d'urgence en zone urbaine. Cela a permis d'élargir la portée des HINI et des programmes de malnutrition, et de réduire les cas de retard de croissance, d'émaciation et d'insuffisance pondérale. L'expansion des HINI est limitée en raison du caractère ponctuel des financements, du manque de compétences en matière de nutrition communautaire, de l'insuffisance des aides budgétaires gouvernementales et de la prédominance des services médicaux privés. Ce partenariat réussi va se poursuivre jusqu'en 2022, en se concentrant en priorité sur la lutte contre les retards de croissance. D'une manière générale, les programmes d'intervention d'urgence en zone urbaine nécessitent de nouveaux seuils et de nouvelles méthodes de travail.

Contexte

Les quartiers informels de Nairobi

Plus de 60 % de la population urbaine de Nairobi vit dans des quartiers informels, sur 5 % du territoire (Nairobi Urban Sector Profile, 2006). Les habitants urbains les plus démunis dépensent jusqu'aux trois quarts de leur revenu uniquement pour se procurer les aliments de base (Oxfam, 2009). De plus, ils adoptent régulièrement des pratiques négatives, en réduisant notamment leur nombre de repas, la qualité et la variété de leur alimentation ou en s'approvisionnant dans les poubelles. Les habitants des quartiers informels sont vulnérables à la hausse des prix, car ils sont fortement tributaires du marché pour subvenir à leurs besoins alimentaires et non alimentaires. Les quartiers informels de Nairobi se caractérisent par un accès insuffisant à l'eau potable et aux installations sanitaires, ce qui accroît le risque de maladies d'origine hydrique, alimentaire ou à transmission vectorielle telles que la diarrhée, le choléra, la typhoïde ou le paludisme. Les enfants de moins de cinq ans fréquentant les garderies informelles sont particulièrement vulnérables, car la réglementation et la formation du personnel sont insuffisantes, et l'alimentation et les activités récréatives ne sont pas adaptées.

Les recherches montrent que seulement 39 % des enfants de six mois à deux ans vivant dans les quartiers pauvres de Nairobi ont une alimentation adaptée, en termes de quantité et de diversité (Concern Worldwide et Welthungerhilfe, 2009). Les carences en fer, en zinc, en vitamine A, en vitamine C et en protéines sont fréquentes, et la plupart des personnes ayant des enfants à charge ne les alimentent pas correctement pendant et après un épisode de maladie (Concern Worldwide, 2014). Bien qu'il y ait relativement peu de cas de malnutrition aiguë dans le comté de Nairobi (54 438 cas), la malnutrition aiguë est le deuxième fléau au Kenya en raison de la densité démographique (Kenya Food and Nutrition Security Seasonal Assessment, 2018). Un enfant sur trois présente un retard de croissance (enquête SMART, 2017). Le comté de Nairobi compte le plus grand nombre d'enfants ayant un retard de croissance, avec 104 074 cas (Kenya Food Security Steering Group, 2018). Par ailleurs, la ville enregistre des niveaux importants de surpoids et d'obésité ; avec 43 % de femmes obèses, contre 25 % au niveau national (KNBS, 2009), Nairobi doit faire face à un double fardeau nutritionnel. L'obésité infantile est également en hausse, bien que le problème reste aujourd'hui beaucoup plus répandu chez les adultes.

Le programme de nutrition en zone urbaine de Concern

Depuis 2012, Concern Worldwide travaille en partenariat avec le gouvernement pour soutenir l'expansion des HINI à Nairobi. L'accent a été mis, d'une part, sur le renforcement des systèmes de santé publics des comtés pour soutenir des services de santé et de nutrition de qualité aux enfants de moins de cinq ans ainsi qu'aux femmes enceintes et allaitantes (FEA), et, d'autre part, sur l'amélioration des services communautaires par le biais d'approches participatives ayant pour objectif de modifier les comportements et de favoriser les innovations en matière de programmes de nutrition dans un contexte de crise, notamment pour l'étape de préparation. Financé par l'UNICEF, entre 2012 et 2017, Concern Worldwide a contribué à mettre en œuvre les HINI dans les quartiers informels de Nairobi (2,5 millions de $US).

Les mesures prises pour renforcer les HINI

Élaboration des politiques

Concern Worldwide a joué un rôle crucial en aidant la ville de Nairobi à produire des documents stratégiques clés, notamment la Stratégie de nutrition urbaine (UNS), le premier plan d'action régional pour la nutrition (CNAP) (2013-2017), l'alimentation maternelle, infantile et des jeunes enfants (AMIJE), la Stratégie de communication et de changement du comportement social (CCCS) et le Cadre pour le développement des compétences en matière de nutrition au sein du comté (CDCC). Le développement de l'UNS a joué un rôle essentiel dans la mise en évidence des défis nutritionnels spécifiques dans un contexte urbain. Ainsi, d'autres donateurs s'intéressent maintenant au financement de projets de nutrition urbaine, comme par exemple l'Agence de coopération internationale de la Corée (KOICA), qui soutient la mise en œuvre d'un projet d'innovation nutritionnelle appelé "Lishe Poa" dont l'objet est de créer des produits hautement nutritifs, abordables et prêts à consommer, destinés à être commercialisés dans les quartiers informels pour remplacer la nourriture de rue, populaire mais malsaine. Le CNAP détermine l'orientation et les coûts des interventions nutritionnelles dans le Comté et sert d'outil de plaidoyer pour inciter le gouvernement à allouer davantage de ressources pour financer les services de nutrition. Ces efforts de plaidoyer ont été couronnés de succès; pour 2018/2019, le Comté de Nairobi a alloué 10 millions de KES (Shillings kenyans) au programme de nutrition du Comté, alors qu'en 2012, les services de nutrition étaient financés à 100% par des partenaires de développement. La stratégie AMIJE CCCS du comté de Nairobi a été élaborée, d'une part, dans le but de mettre en œuvre la politique MIYCN visant à protéger, promouvoir et soutenir les bonnes pratiques alimentaires des mères, des nourrissons et des jeunes enfants et à favoriser la survie de ces derniers, et, d'autre part, pour donner une orientation stratégique à des interventions ciblées comme défini dans la stratégie de plaidoyer pour les interventions nutritionnelles au Kenya (ACSM ou Advocacy, Communication and Social Mobilization)

Évaluations nutritionnelles et renforcement des compétences

Concern Worldwide a apporté son soutien au Comté de Nairobi en réalisant une série d'enquêtes et d'évaluations en matière de nutrition apportant des données utiles pour les prises de décisions et les orientations politiques. Des enquêtes initiales et finales sur la couverture des programmes de nutrition (2012 et 2018) et des enquêtes SMART (2014 et 2017) ont ainsi été réalisées. En 2017, une analyse des goulets d'étranglement de la nutrition et une analyse causale de la nutrition pour le comté de Nairobi ont été réalisées. Aux niveaux départemental et communal, les membres de l'équipe de gestion de la santé ont été formés aux enquêtes SMART/de couverture ainsi qu'aux analyses des goulets d'étranglement et des causes, et ont participé à l'ensemble du processus d'enquête (formation des enquêteurs, supervision du recueillement et de la saisie des données, de l'analyse, de la rédaction du rapport et de la diffusion des résultats).

Concern Worldwide a également alloué des ressources techniques et financières pour effectuer une analyse des écarts de compétences en matière de nutrition en 2016 dans le comté de Nairobi. Aux niveaux départemental et communal, les membres de l'équipe dirigeante en matière de santé ont été formés et ont bénéficié d'un accompagnement pour analyser les piliers du système de santé. Les résultats (résumés dans l'encadré 1) ont servi de base pour établir un cadre de développement des compétences en matière de nutrition au sein du comté ; celui-ci donne la priorité aux principales activités de renforcement des compétences du personnel de la nutrition (formation théorique, formation pratique et tutorat), et notamment des cadres dispensant des services de nutrition, des bénévoles et assistants de santé communautaire agissant au niveau local. Concern Worldwide a contribué à former les membres de l'équipe de direction à être formateurs pour le GIMA, l'AMIJE et la Baby Friendly Community Initiative (BFCI), ainsi qu'à la formation pratique et au tutorat des professionnels de santé. La formation a ensuite été retransmise par l'équipe de gestion de santé. Nous espérons qu'une telle formation sera par la suite maintenue avec le soutien du gouvernement comme partie de l'augmentation de son budget alloué aux services de nutrition. Concern Worldwide soutient également le développement de Forums techniques de nutrition (NTF) aux niveaux départemental et communal, qui rassemblent les intéressés, en y mettant en place des interventions autour de la nutrition. Celles-ci viennent compléter le travail de plateformes déjà existantes ayant pour but de soutenir plusieurs enjeux de différents secteurs, pas seulement la nutrition.

Encadré 1 : La capacité nutritionnelle du système de santé de la région de Nairobi: Découvertes clés (2016)

Les besoins de service de nutrition de la région de Nairobi sont pris en charge par le Plan régional de développement intégré (CIDP) et le Plan de stratégie et d'investissement régional du secteur de la santé (CHSIP). La ville de Nairobi a aussi un Plan d'action régional de nutrition (CNAP) qui décrit la capacité du système de santé à traiter de la nutrition. La coordination des services de nutrition se fait par un Forum technique de nutrition (NTF) aux niveaux départemental et communal, qui réunit les acteurs de la nutrition à travers le pays afin d'échanger sur les moyens de mener à bien le programme de nutrition. Une plateforme multi-sectorielle existe aussi pour la région, qui réunit les secteurs de la nutrition, de l'eau et assainissement (WASH), de l'agriculture, des services sociaux et de l'éducation. On y décrit entre autre les difficultés dans la distribution et la mise en application des documents clés en matière de politiques de nutrition, tels que le Breast Milk Substitutes (BMS) Act (2012), aux niveaux des structures de santé et des communautés, ayant pour résultat une faible mise en application des décisions. Cela met donc en avant la nécessité de renforcer les plateformes multi-sectorielles.

Les hôpitaux privés, religieux et humanitaires représentent 78 % des structures de santé de Nairobi et fournissent le plus gros des services de nutrition en actions informelles (c'est bien plus que dans les zones rurales du Kenya, où les services de santé sont majoritairement gouvernementaux). La plupart des HINI sont proposés dans les structures de santé, mais très peu à l'échelle des communautés à cause d'une très faible présence d'unités communautaires responsables de la santé et de peu de main d'oeuvre qualifiée en nutrition dans la communauté. Beaucoup des travailleurs de la santé (nutritionnistes et autres) ont été formés selon les directives nationales à propos du IMAM, MIYCN et du Kenya Medical Supplies Agencies (KEMSA) Logistics and Information System (LMIS) ; cependant, les nouvelles compétences ne sont pas toujours utilisées et la formation est plus limitée au niveau des travailleurs de la communauté.

Dix pour cent du budget régional pour la santé est attribué au programme de santé reproductive, maternité, naissance, enfance et adolescence (RMNCH), au sein duquel la nutrition est un élément primordial. 75 % environ du budget du RMNCH financent les salaires des travailleurs de santé, et peu de ressources sont allouées au service de développement.

Les HINI évoqués dans le CNAP ne sont pas financés de façon suffisante ; c'est pourquoi la région dépend lourdement de partenaires pour la mise en place des HINI. L'équipement assurant un certain standing en nutrition est disponible dans les structures de santé, bien que parfois en quantités insuffisantes. Les ressources de nutrition permettant de gérer la malnutrition aiguë et la prise en charge médicale routinière sont disponibles dans les établissements de santé, bien que des ruptures de stocks surviennent parfois à cause de dettes dues au KEMSA ; il reste une dépendance trop importante envers les partenaires pour l'apport en ressources de nutrition.

Tous les outils de recueillement d'information sur la nutrition sont disponibles dans les établissements de santé, à l'exception du guide pour la santé maternelle et infantile (MCH).

Préparation aux situations d'urgence

Concern Worldwide a apporté son soutien à la mairie de Nairobi pour une réponse rapide et une diminution de la lenteur de réaction sur le terrain face aux urgences en établissant un système urbain d'avertissement et d'action rapide (UEWEA). Le système UEWEA est issu du projet Indicator Development and Surveillance for Urban Emergencies (IDSUE) que Concern Worldwide a piloté avec succès pendant cinq ans dans des colonies informelles de Nairobi. Le système se base sur cinq indicateurs clés : le pourcentage de foyers subissant des chocs ; le revenu mensuel standardisé ; le nombre de paniers alimentaires ; le pourcentage de foyers avec au moins un soutien économique stable ; et le pourcentage de foyers avec au moins un enfant présentant des diarrhées. La région reçoit le soutien de la Kenya Red Cross Society afin de recueillir des données mensuelles des colonies informelles à entrer dans le système UEWEA, pour ensuite les classer dans les catégories "normal", "alerte", "alarme" ou "urgence". Des seuils ont été fixés pour chaque catégorie selon les données de la phase pilote de cinq ans (cf Tableau 1). Une fois le seuil normal dépassé, le gouvernement régional mobilise des ressources afin de répondre à la situation ; des actions de réponse d'urgence sont lancées lorsque les indicateurs de UEWEA transmettent une situation d'urgence, vous pourrez en trouver un exemple dans l'encadré 2.

Tableau 1 : Seuils pour le système UEWEA

Ceci est uniquement disponible en anglais - désolé pour tout inconvénient causé

Encadré 2 : Etude de cas d'une réponse régionale au système Urban Early Warning and Early Action (UEWEA)

Une chute du nombre de paniers alimentaires et une hausse des cas de diarrhée ont fait atteindre le seuil d'urgence dans trois des sites surveillés (Korogocho, Mukuru et Kibera) en février 2017, de mai à juin 2017 et en novembre 2017. En conséquence, Concern Worldwide a contacté les équipes de gestion de santé aux niveaux départemental et communal afin de prévoir les actions de réponse suivantes : un dépistage massif et un référencement des enfants souffrant de malnutrition aiguë ; la distribution de produits de purification de l'eau pour leur traitement au niveau des foyers ainsi que dans les points de distribution désignés; le traitement des cas actifs de diarrhées avec du zinc et une solution orale de réhydratation (ORS), ainsi que le référencement des cas sévères pour une gestion ultérieure dans les établissements de santé à proximité.

Au total, 32 244 enfants de moins de cinq ans ont été dépistés ; parmi eux 131 ont été diagnostiqués avec une malnutrition aiguë (SAM) et 849 avec une malnutrition modérée (MAM). Ils ont tous été répertoriés pour être pris en charge. Sans le service de surveillance UEWEA, ces enfants n'auraient pas pu être identifiés et pris en charge.

Concern Worldwide a également apporté son soutien à la région pour déployer IMAM selon une approche en plusieurs étapes. La mise en place d'IMAM a pour but de pérenniser le système de santé afin que celui-ci améliore ses services de réponse à la malnutrition aiguë dans le temps, en particulier pendant les périodes de forte demande, sans affecter la capacité et la fiabilité des acteurs de santé gouvernementaux. Au cours de la première phase de mise en place, 18 structures de santé (aux niveaux départemental et communal) ont été ciblées avec la formation de deux formateurs de formateurs (TOTs) départementaux et de 24 TOTs communaux, qui ont ensuite transmis leur formation aux travailleurs de santé des 18 structures de santé identifiées. Lors de la mise en place de la campagne d'IMAM, sept structures de santé ont pu dépasser leur seuil normal d'IMAM et aucune structure n'a atteint un seuil d'urgence, ce qui indique que le système de santé a réussi à contrôler la situation. Au cours de la période de campagne, les structures de santé ont tenu informés les membres de l'équipe de gestion de santé et, selon la phase de campagne d'IMAM, des actions d'amélioration ont été mises en place, telles que le dépistage massif d'enfants de moins de cinq ans dans les établissements de santé des zones concernées, l'apport de denrées médicales et alimentaires, et l'annulation des congés des travailleurs de santé. Aux niveaux départemental et communal, les membres de l'équipe de gestion de santé ont suivi la mise en place des activités de la campagne IMAM grâce à l'utilisation de tableaux de bord mis à jour chaque mois, indiquant les établissements de santé sortis des seuils normaux et nécessitant une action d'intervention d'IMAM. 

Prise en charge du programme de nutrition et résultats

Les résultats des études de nutrition SMART conduites en 2014 et 2017 indiquent des améliorations marquées dans la prise en charge de tous les indicateurs HINI de cette période, dont le traitement vermifuge des enfants de 12 à 59 mois (de 59,0 % à 65,1 % contre un objectif de 50 %) ; la complémentation en zinc contre la diarrhée parmi les enfants de moins de cinq ans (de 29,0 % à 73,0 % contre un objectif de 80 %) ; la complémentation en vitamine A des enfants de 6 à 11 mois (de 81,7 % à 87,2 %) et des enfants de 12 à 59 mois (de 36,4 % à 80,2 %)(contre un objectif de 80 % pour les 6-59 mois) ainsi que la complémentation en fer et acide folique (IFAS)(de 23,9 % à 56,7 % contre un objectif de 80 %) (Graphique 1). Alors que les objectifs ont été atteints pour deux indicateurs HINI (traitement vermifuge et complémentation en vitamine A), la complémentation en zinc contre la diarrhée parmi les enfants de moins de cinq ans a manqué de peu d'atteindre son objectif. Les résultats des IFAS pour les femmes enceintes se sont améliorés mais sont loin d'atteindre l'objectif fixé. Des difficultés d'approvisionnement en sont la cause principale puisque les IFAS ne faisaient pas partie de la liste des médicaments essentiels ; cependant c'est le cas à présent, et à l'avenir toutes les femmes enceintes recevront le complément selon ce qui est prévu. 

L'application du programme thérapeutique ambulatoire (OTP) dans la région est passée de 39,2 % en 2012 à 53,5 % en 2018, tandis que la mise en place du programme alimentaire complémentaire (SFP) est passée de 36,4 % en 2012 à 51,5 % en 2018 (Graphique 2). Les résultats des études SMART montrent que les cas de carences ont diminué, passant de 36,0 % en 2014 à 26,0 % en 2017 ; les cas d'émaciation sont passés de 5,7 % en 2014 à 4,6 % en 2017 ; et les cas de sous-poids sont passés de 13,6 % en 2014 à 11,4 % en 2017 (Graphique 3).

A côté de quelques interventions de petite envergure ; telles que celle de Afya Jijini ayant mené à des formations en lien avec la nutrition, le programme de Concern Worldwide pour le renforcement des systèmes de santé a été le seul programme mené à grande échelle de façon systématique au cours de cette période de travail avec le gouvernement pour identifier les lacunes du système de santé et développer un plan de réponse clair. L'amélioration de la mise en application des programmes de nutrition et les résultats obtenus au cours de cette période peuvent donc être raisonnablement attribués à l'engagement et aux actions spécifiques du gouvernement consacrés au développement de la capacité du système de santé ainsi qu'à la mise en place d'actions clés, combinés au soutien technique et financier apporté par Concern Worldwide. 

Graphique 1 : Portée des indicateurs HINI dans la région de Nairobi en 2014 et 2017

en traduction - Version française bientôt disponible

Graphique 2 : Portée de l'IMAM dans la région de Nairobi en 2012 et 2018

en traduction - Version française bientôt disponible

Graphique 3 : Etat nutritionnel des enfants de moins de cinq ans dans la région de Nairobi en 2014 et 2017

en traduction - Version française bientôt disponible

Défis

Financements limités et de court terme : Peu de donateurs sont familiers avec les milieux urbains, et l'intérêt pour le financement de programmes urbains est bas. Les ressources des donateurs sont généralement transmises aux secteurs avec une forte tendance à la malnutrition, sans vraiment regarder le nombre de dossiers. Au cours des années, Concern Worldwide a reçu des financements de court terme (annuels ou bisannuels) afin de soutenir la mise en place des HINI dans la région de Nairobi, dont le manque affecte tous les niveaux des établissements de santé. Le manque de continuité des financements a également mené à l'interruption des services HINI. Un cas particulier est la période de janvier à juillet 2016, quand le programme urbain de nutrition de Nairobi n'a pas reçu de financement et que les services ont été temporairement interrompus.

Allocation inadaptée du budget pour la nutrition par le gouvernement local: Le programme de nutrition à Nairobi a un plan d'action de nutrition budgétisé. Cependant, une grande proportion des fonds que le département de santé de la région reçoit de la part du trésor national est utilisé pour couvrir les dépenses habituelles, laissant peu de ressources pour le développement. De plus, la bureaucratie gouvernementale rend difficile l'accès du département de santé de la région aux quelques ressources qu'il reste pour le développement; c'est pourquoi le gouvernement dépend fortement de ses partenaires pour mettre en oeuvre les HINI.

Effectif dédié à la nutrition insuffisant : La région compte un total de 130 établissements de santé utilisant les HINI, mais seulement 52 nutritionnistes, dont 12 occupent des positions de gestion aux niveaux départemental et communal. Les nutritionnistes restant sont répartis dans les hôpitaux centraux de la région (établissements de santé de niveau quatre) et quelques centres de santé (établissements de santé de niveau trois). Il n'y a aucun nutritionniste en poste dans les dispensaires (établissements de santé niveau deux) ou dans la communauté (niveau un). Cette situation a provoqué une prise en charge du rôle de consultant en nutrition par d'autres travailleurs de santé, en particulier le corps infirmier et clinique alors que ces employés sont déjà dépassés par leurs propres responsabilités.

Faible portée des unités de santé communautaires (CHU): D'après la population de la région, Nairobi devrait compter au moins 868 unités de santé communautaires (CHU); il n'en existe cependant que 217, dont seulement 121 sont fonctionnelles (les autres sont totalement inopérantes), ce qui entrave les efforts de créer une demande pour des services de nutrition au niveau communautaire. En outre, la faible portée des CHU limite la possibilité de suivre les patients au niveau communautaire, ce qui peut entraver les taux de convalescence.

Système de santé privé: Les établissements de santé dans les installations urbaines informelles sont en majorité privées, ce qui rend les services de santé onéreux pour les résidents, alors qu'ils devraient être gratuits pour les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes et allaitantes (PLW). Il existe donc un besoin de partenariats entre public et privé (PPP) afin d'assurer l'accès à des services de nutrition de qualité, en particulier dans les installations informelles.

Conclusions et recommandations

Amplifier les services HINI dans les installations informelles de Nairobi à travers les établissements de santé gouvernementaux existants, et avec le soutien technique de Concern Worldwide, a permis d'améliorer l'état nutritionnel des enfants de moins de cinq ans. De même, la portée des services OTP et SFP s'est améliorée de façon remarquable. Cela apporte la preuve qu'amplifier les HINI en renforçant les systèmes de santé déjà existants est une approche viable pouvant être mise en place dans d'autres zones urbaines. Alors que le seuil de prévalence des cas d'émaciation est acceptable, les chiffres absolus sont généralement très élevés. Cela exige une nouvelle façon de penser : par exemple, proposer des seuils spécifiques aux zones urbaines (tels que UEWEA) afin de déterminer quand lancer les interventions d'urgence de nutrition.

Il persiste une lourde dépendance envers les partenaires pour le financement de l'amplification des HINI. Une révision des documents stratégiques clés, dont le UNS et la Kenya Nutrition Action Plan (KNAP) est nécessaire afin de veiller à ce qu'ils prennent en compte les obstacles rencontrés par le programme urbain de nutrition, et pour orienter les allocations budgétaires vers le développement afin de faire face à ces obstacles.

L'amplification des HINI à Nairobi continue de rencontrer des difficultés liées au financement limité et de court terme, qui est alloué selon la prévalence et non selon le nombre de dossiers. Une revendication poussée doit être mise en place afin d'informer les donateurs et de faire changer ces pratiques.

Il faut augmenter la communication envers le gouvernement et les autres acteurs clés afin d'allouer des ressources au renforcement des services de santé et de nutrition au niveau des communautés, ceci incluant le recrutement de davantage de nutritionnistes.

Il faut également encourager le gouvernement à adopter les PPP, afin qu'il fournisse des médicaments et des travailleurs de santé additionnels dans les établissements de santé privés afin de permettre aux résidents pauvres des installations informelles d'avoir accès aux systèmes de santé à un prix abordable.

L'amplification des services HINI dans la région de Nairobi a continué au-delà de cette première phase, financée par une allocation du gouvernement local de 10 millions de KES et par l'UNICEF (à Concern Worldwide) afin de soutenir ce programme jusqu'en 2022. Le retard de croissance infantile étant la forme de malnutrition qui domine dans la région, l'enrayer constituera une priorité du programme urbain de nutrition de Nairobi. Investir dans le BFCI du gouvernement et promouvoir les pratiques de MIYCM sont donc des priorités pour y parvenir. 

Pour plus d'informations, veuillez contacter Kassim Lupao.

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Références

Nairobi Urban Sector Profile, 2006. https://unhabitat.org/books/kenya-nairobi-urban-profile/

OXFAM, 2009, Urban Poverty and Vulnerability in Kenya. https://urbanhealthupdates.files.wordpress.com/2009/09/urban_poverty_and_vulnerability_in_kenya1.pdf

Concern Worldwide and Welthungerhilfe, 2009

Concern Worldwide ProPAN assessment 2014

Kenya Food and Nutrition Security Seasonal Assessment, 2018

Nutrition SMART nutrition survey, 2017

Kenya Food Security Steering Group, long rains assessment 2018

Kenya Demographic and Health Survey 2008-09. Kenya National Bureau of Statistics (KNBS), ICF Macro (2009). Calverton, Maryland: KNBS and ICF Macro. Disponible sur  http://dhsprogram.com/pubs/pdf/fr229/fr229.pdf.

Food and Agriculture Organization (FAO) of the United Nations (2006). Le double fardeau de la malnutrition. Etudes de cas de six pays en voie de développement. FAO food and nutrition paper 84. Rome : FAO. Disponible sur www.fao.org/docrep/009/a0442e/a0442e03.htm

 

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Kassim Lupao et Esther Mogusu (2019). Expansion des interventions nutritionnelles à fort impact dans les quartiers informels de Nairobi (Kenya). Field Exchange issue 59 French, January 2019. www.ennonline.net/fex/59/interventionsnutritionnelleskenya

(ENN_6272)

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