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Prestation de services de nutrition maternelle de grande échelle et intégration au système de santé au Bangladesh

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Par Deborah Ash, Zeba Mahmud, Kristen Kappos, Santhia Ireen et Thomas Forissier

Deborah Ash est directrice de projet pour l’initiative Alive & Thrive au Bangladesh, qui est gérée par FHI Solutions. Elle travaille depuis plus de 20 ans à la mise en place de projets mondiaux de grande envergure dans les domaines de la santé et de la nutrition. Deborah a également été membre de différents groupes consultatifs techniques et comités directeurs dans le cadre de programmes de nutrition internationaux.

Zeba Mahmud occupe le poste de conseillère stratégique principale en matière de partenariats au sein de l’initiative Alive & Thrive au Bangladesh. Elle possède une vaste expérience dans le domaine des programmes centrés sur la santé et la nutrition au Bangladesh. Au début de sa carrière, Zeba a fourni des services de prévention et de prise en charge à des communautés rurales en tant que professionnelle de la santé.

Kristen Kappos est directrice associée de la division de programmes pour l’Asie du Sud de l’initiative Alive & Thrive. Elle coordonne des programmes de nutrition sur le terrain et aux États-Unis depuis près de dix ans.

Santhia Ireen est directrice de pays adjointe et conseillère technique principale au sein de l’initiative Alive & Thrive au Bangladesh. Elle possède plus de 12 ans d’expérience en matière de projets de recherche et de programmes liés à la nutrition (santé publique).

Thomas Forissier est directeur régional de la division de programmes pour l’Asie du Sud de l’initiative Alive & Thrive. Il possède plus de vingt ans d’expérience en matière de stratégie et de gestion dans les domaines des sciences du vivant et de la santé publique.

L’initiative Alive & Thrive, gérée par FHI Solutions, est actuellement financée par la Banque mondiale, la Bill and Melinda Gates Foundation, Irish Aid, la fondation Tanoto et l’UNICEF.

Lieu : Bangladesh

Ce que nous savons : Au Bangladesh, la malnutrition maternelle constitue un important problème de santé publique et peut entraîner une petite taille pour l’âge gestationnel chez les nouveau-nés ainsi que des naissances prématurées, perpétuant ainsi le cycle intergénérationnel de la malnutrition.

Ce que cet article nous apprend : Entre 2015 et 2016, les équipes d’Alive & Thrive (A&T) ont effectué une recherche opérationnelle sur l’intégration de la nutrition maternelle à des infrastructures de programmes de grande échelle du Bangladesh. Les résultats montrent un impact significatif sur le taux de couverture des services de nutrition maternelle, la diversité des aliments consommés par les mères, la prise des suppléments en fer et en acide folique ainsi qu’en calcium et le recours à l’allaitement maternel exclusif, et ce en une année seulement. Les effets produits sont probablement attribuables à l’élaboration minutieuse d’un ensemble d’interventions relatives à la nutrition maternelle adaptées au contexte, à la grande qualité et au taux élevé de couverture des services du programme ainsi qu’à la forte participation des parties prenantes. L’assistance technique fournie par A&T a contribué à faire figurer la nutrition maternelle parmi les principaux domaines de priorité du gouvernement bangladais. Ce processus a compris l’inclusion d’interventions relatives à la nutrition maternelle dans les stratégies et les directives de programme nationales, la conception de supports de renforcement des capacités et de mécanismes de supervision nationaux, la mise en place de procédures opérationnelles normalisées pour la prestation de services de santé, l’élaboration d’outils de conseil ainsi qu’une intégration au système national d’informations sanitaires et à des programmes de protection sociale. Parmi les difficultés posées par l’intégration à des programmes sensibles ou spécifiques aux questions de nutrition, on peut citer l’importante charge de travail assumée par les équipes, un taux élevé de rotation du personnel et des lacunes en matière de données constatées dans les systèmes de suivi de routine. 

Contexte

La sous-nutrition maternelle et infantile au Bangladesh

Bien que l’état nutritionnel des femmes se soit largement amélioré au cours des dix dernières années, la prévalence de la sous-nutrition au sein de cette catégorie de population demeure élevée au Bangladesh. Parmi les adolescentes et les femmes de 15 à 49 ans mariées ou l’ayant déjà été, 19 % souffrent d’insuffisance pondérale (indice de masse corporelle inférieur à 18,5 kg/m2), ce qui représente une diminution par rapport à 2004, où ce taux s’élevait à 34 % (NIPORT, 2016). Près de la moitié (42 %) des femmes en âge de procréer (15 à 49 ans) sont anémiques, tandis qu’un quart des femmes bangladaises qui ne sont ni enceintes ni allaitantes présentent une carence en calcium ; or, cette carence constitue un facteur de risque de prééclampsie, deuxième cause actuelle de mortalité maternelle à l’échelle mondiale, responsable de 19 % des décès (NIPORT, 2013 ; gouvernement du Bangladesh, 2015 ; Black et al., 2013). La qualité du régime alimentaire pose également problème au Bangladesh : le score moyen de diversité alimentaire des filles, des adolescentes et des femmes âgées de 10 à 49 ans a diminué entre 2014 et 2015, passant de 4,4 à 4,1 (JPG, 2016). Le taux de couverture des services de soins prénatals a connu une augmentation constante, mais demeure insuffisant. En 2017, seulement 47 % des femmes enceintes ont accédé à des services de soins prénatals à quatre reprises ou plus au cours de leur grossesse (en hausse par rapport aux 31 % enregistrés en 2014), ce qui indique que les Bangladaises manquent des occasions de bénéficier de services de nutrition maternelle tels que des conseils en matière d’alimentation, un suivi de l’évolution du poids et une supplémentation en micronutriments (NIPORT, 2018). 

Un régime alimentaire maternel inadéquat a une incidence à la fois sur les mères et leurs nourrissons. La malnutrition, y compris l’anémie et les carences en calcium, exposent les femmes à des causes de mortalité évitable ainsi qu’à des complications au cours de la grossesse et de l’accouchement. Cet état a également un impact sur la croissance et le développement de leurs enfants. Les futures mères souffrant de sous-nutrition ont plus de risques de mettre au monde des bébés présentant une insuffisance pondérale à la naissance. Or, une insuffisance pondérale à la naissance est l’un des principaux facteurs d’exposition au risque d’émaciation chez les nourrissons et les enfants, qui seront également plus vulnérables aux maladies non transmissibles et plus susceptibles d’avoir une petite taille par la suite. La proportion de bébés ayant présenté une insuffisance pondérale à la naissance au Bangladesh atteint le taux élevé de 28 % (UNICEF et OMS, 2019). Les carences en micronutriments chez les futures mères augmentent également le risque de survenue de maladies congénitales et de troubles cognitifs. Enfin, les pratiques d’alimentation du nourrisson sont une autre composante déterminante des cas de sous-nutrition précoce.

Programmation des interventions relatives à la nutrition maternelle au Bangladesh

Le premier programme de nutrition vertical majeur à avoir été mis en place dans le pays est le programme intégré de nutrition du Bangladesh, qui a été mené par le gouvernement de 1996 à 2002. Les interventions nutritionnelles à base communautaire constituaient un élément central du programme, que des organisations non gouvernementales (ONG) partenaires étaient chargées de mettre en œuvre. Bien que le programme ait pris fin en 2002, la conduite de ses activités a perduré jusqu’en 2011 dans le cadre du projet national de nutrition dirigé par le gouvernement et mis en œuvre par des ONG. Les interventions à base communautaire centrées sur la nutrition maternelle du programme intégré et du projet national de nutrition portaient principalement sur le suivi du poids au cours de la grossesse, l’amélioration des connaissances en matière de nutrition, la supplémentation en fer et en acide folique et l’apport de nourriture supplémentaire1. Le programme intégré de nutrition du Bangladesh concernait 61 sous-districts appelés « upazilas » (soit 16 % de la population rurale environ), tandis que le projet national a été déployé à plus grande échelle pour cibler 110 des 492 upazilas existants (soit près d’un quart de la population). En dépit des réussites et des résultats positifs obtenus, le programme intégré et le projet national de nutrition ont été confrontés à des difficultés de programmation liées au rapport coût-efficacité des services fournis et au faible avancement vers les objectifs du projet relatifs à la réduction de l’insuffisance pondérale à la naissance et du retard de croissance (White et al., 2005).

Considérant l’importance d’une gestion intégrée pour parvenir à de meilleurs résultats en matière de nutrition, le gouvernement a abandonné l’approche verticale et mis fin au projet national en 2011. À la place, les interventions nutritionnelles ont été incluses dans l’infrastructure gouvernementale de prestation de services de santé. Conduite dans le cadre du programme de développement du secteur de la santé, de la population et de la nutrition de juillet 2011 à juin 2016, cette intégration s’est fondée sur le plan opérationnel des services nationaux de nutrition.

Intégration d’interventions relatives à la nutrition maternelle au programme pour la santé, la nutrition et la population de l’initiative Alive & Thrive/BRAC Health

En 2014, Alive & Thrive (A&T) a entrepris de remédier au manque de projets et de données en matière de lutte globale contre la malnutrition maternelle en évaluant la faisabilité de l’intégration d’un ensemble d’interventions relatives à la nutrition maternelle à l’initiative pour la santé maternelle, néonatale et infantile du vaste programme pour la santé, la nutrition et la population de BRAC au Bangladesh2.

A&T a conçu un ensemble d’interventions relatives à la nutrition maternelle incluant la distribution de suppléments en fer et en acide folique ainsi qu’en calcium, la promotion de la diversité alimentaire, des conseils sur l’amélioration de l’apport en protéines et en énergie, un suivi mensuel de la prise de poids des femmes enceintes ainsi que l’encouragement de la mise au sein précoce et de l’allaitement exclusif. Les interventions élaborées par A&T ont été mises en œuvre au moyen des services sanitaires et communautaires de BRAC. Elles ont ciblé les femmes enceintes, les mères venant d’accoucher et les personnes jouant un rôle dans la prise de décisions par les femmes concernant la nutrition (membres de leur famille, individus influents dans les communautés, prestataires de soins de santé, etc.). Les services ont été fournis dans le cadre de séances de conseil dans les foyers, de formations et de démonstrations menées par le personnel de BRAC concernant la diversité du régime alimentaire et les rations adéquates au cours de la grossesse et de l’allaitement, de séances régulières de soins prénatals incluant la fourniture gratuite de comprimés de fer, d’acide folique et de calcium ainsi que d’un suivi de la prise de poids, et d’initiatives de mobilisation communautaire (notamment des « rencontres de maris ») destinées à faire évoluer les normes sociales en matière de grossesse et de genre. 

L’ensemble des interventions ont été mises en œuvre dans dix upazilas « intensifs », tandis que dix autres upazilas « non intensifs » ont servi de groupe de contrôle. Les mères habitant les upazilas « intensifs » ont bénéficié des services réguliers de l’initiative pour la santé maternelle, néonatale et infantile de BRAC et de l’ensemble renforcé d’interventions relatives à la nutrition maternelle d’A&T. Dans les upazilas « non intensifs », seule l’initiative pour la santé maternelle, néonatale et infantile de BRAC a été mise en œuvre (tableau 1). Les districts de mise en œuvre « intensive » et « non intensive » ont fait l’objet d’une enquête initiale entre juillet et août 2015, laquelle a été suivie, un an plus tard, d’une enquête finale menée entre juillet et août 2016. Ces enquêtes ont été conduites en partenariat avec l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI). Les résultats démontrent que les interventions ont eu un impact positif considérable sur la prise des suppléments en fer, en acide folique et en calcium, sur le régime alimentaire des mères (diversité des aliments et apports en micronutriments) et sur l’allaitement exclusif. Aucun effet n’a toutefois été constaté sur la mise au sein précoce3.

Tableau 1 : mise en œuvre intensive et non intensive

Indicateur

Upazilas « intensifs » (ciblés par les interventions)

Upazilas « non intensifs »
(groupe de contrôle)

Conseils concernant la diversité et la quantité des aliments

Conseils approfondis mettant l’accent sur l’accompagnement et la démonstration

Messages de sensibilisation réguliers en matière de nutrition transmis au cours des séances de soins prénatals

Supplémentation en fer et en acide folique/en calcium

Distribution gratuite de comprimés de fer et d’acide folique/de calcium et sensibilisation à l’observance du traitement au cours des visites dans les foyers effectuées par les « Shastho kormi » (SK, travailleurs de première ligne salariés)

Vente de comprimés de fer et d’acide folique/de calcium par les « Shastho shebika » (SS, travailleurs de première ligne
volontaires) ou distribution gratuite par le gouvernement

Mesure du poids

Mesure et suivi mensuels de la prise (ou de la perte) de poids de chaque femme par les SK

Pas d’activité

Conseils sur la
mise au sein précoce et
l’allaitement exclusif

Conseils, supervision, suivi et aide à la résolution des difficultés rencontrées plus fréquents

Communications de routine au cours du troisième trimestre

Mobilisation sociale

Organisation de « rencontres de maris » pendant les deuxième et troisième trimestres et événements médiatiques interactifs

Pas d’activité

Nombres de visites effectuées au cours de
la grossesse et après
l’accouchement

SK : 7 visites au cours de la grossesse, 5 après l’accouchement
SS : 14 visites au cours de la grossesse, 10 après l’accouchement

SK : 7 visites au cours de la grossesse, 5 après l’accouchement

SS : 7 visites au cours de la grossesse, 0 après l’accouchement

Mesures d’incitation

Primes supplémentaires pour les SS ayant atteint les objectifs suivants (en plus de mener les activités encouragées dans le cadre des procédures d’incitation régulières) :4
- deux visites mensuelles sont organisées
- la bénéficiaire enceinte ou venant d’accoucher mange des aliments provenant d’au moins cinq groupes différents
- la bénéficiaire enceinte prend 30 comprimés de fer et d’acide folique/de calcium
- une aide est fournie aux SK pour assurer le suivi du poids de toutes les bénéficiaires enceintes

Recensement des femmes enceintes
Vérification de la mise au sein précoce

Leçons apprises

Les résultats publiés démontrent qu’intégrer la nutrition maternelle à des services de santé maternelle, néonatale et infantile de grande échelle est faisable et efficace. Les responsables de la programmation et les décideurs politiques peuvent tirer de nombreuses leçons de notre étude concernant le changement des comportements en matière de nutrition maternelle et l’amélioration de la qualité de prestation des services5. Les principaux enseignements tirés sont décrits dans l’encadré 1.

Encadré 1 : Principales leçons tirées de l’initiative Alive & Thrive/BRAC pour la nutrition maternelle

  1. Les interventions visant le changement social et le changement de comportement peuvent faire évoluer les pratiques de nutrition maternelle en un temps relativement court.
  2. Ces interventions doivent être centrées sur les comportements clés et sur des petits changements faciles à mettre en œuvre que les femmes enceintes et les personnes influentes peuvent adopter.
  3. Le recours à de multiples plateformes et à un ciblage intensif à travers des canaux variés contribue à renforcer les principaux messages communiqués et à modifier les comportements.
  4. La mise en place d’une supervision formative est essentielle à l’amélioration des connaissances et de la performance des prestataires de soins de santé, en particulier de leurs compétences en matière de conseil.
  5. Les activités de changement social et de changement de comportement doivent cibler non seulement les femmes enceintes mais également les intervenants secondaires qui les influencent, par exemple leur mari, leur belle-mère, les aînés de la communauté et les agents de santé.
  6. La qualité de la communication pour le changement social et le changement de comportement est aussi importante que la quantité de messages diffusés (Nguyen et al., 2018).
  7. Disposer de données recueillies de manière rigoureuse est fondamental à l’amélioration du taux de couverture et de la qualité des services.
  8. Faire appel à des ambassadeurs et établir des coalitions de soutien est essentiel pour favoriser l’obtention de résultats et faire perdurer les avancées.

À partir des conclusions de l’étude et des résultats d’une évaluation de l’université de Harvard portant sur les aspects et les facteurs de la durabilité au Bangladesh, les enseignements suivants ont été tirés au sujet de la durabilité du programme :

Intégration de la nutrition maternelle à des services de nutrition maternelle, néonatale et infantile de grande échelle

BRAC a continué de soutenir l’organisation de séances intensives de conseils en matière de nutrition maternelle dans le cadre de son programme de services de santé essentiels (« Essential Health Care »). Les résultats encourageants de la recherche opérationnelle d’A&T ont incité le gouvernement du Bangladesh à accélérer l’intégration de la nutrition maternelle au système de santé. Le gouvernement bangladais, A&T et d’autres partenaires ont exploité les données et les enseignements tirés de cette étude et les ont incorporés à différents plans et documents stratégiques nationaux ainsi qu’à des programmes de changement social et de changement de comportement en matière de nutrition maternelle. Les conseils fournis ont été transposés à l’échelle institutionnelle via une intégration à des cadres, des directives et des outils nationaux axés sur le domaine de la nutrition afin d’améliorer le taux de couverture et la qualité des services. Ce processus graduel a suivi différentes étapes interdépendantes, qui sont présentées ci-dessous.

L’inclusion des trois ILD liés à la nutrition maternelle (et de deux ILD liés à la nutrition du nourrisson et du jeune enfant) dans le projet de soutien au secteur de la santé du Bangladesh (2017-2022) financé par la Banque mondiale a représenté une victoire importante, la nutrition maternelle ayant ainsi gagné en visibilité au sein du gouvernement. Le succès de ces efforts est lié au décaissement de fonds considérables par la Banque mondiale. Le processus d’intégration de ces indicateurs a permis de renforcer l’habitude de recourir à des données au sein des instances gouvernementales, celles-ci effectuant à présent un suivi et un examen réguliers des indicateurs relatifs à la nutrition maternelle. La qualité des services fournis a également obtenu une attention croissante. Conformément aux cibles fixées par les ILD, le gouvernement bangladais devait mettre en place des directives d’évaluation de la qualité (portant sur la nutrition maternelle d’une part et sur la nutrition infantile d’autre part) et s’en servir pour mener une évaluation de la qualité des services de nutrition des mères, des nourrissons et des jeunes enfants. Le gouvernement a reçu l’assistance technique d’A&T pour élaborer les directives ainsi que la méthodologie et les outils à employer dans le cadre des évaluations.

Intégration de la nutrition maternelle à des programmes de protection sociale

Les résultats de la recherche opérationnelle ont également incité le ministère de la Femme et de l’Enfant à accélérer l’intégration de la nutrition maternelle à des initiatives sensibles aux questions de nutrition telles que le programme d’allocation améliorée du gouvernement à l’intention des mères et des femmes allaitantes. Destinée à améliorer l’état nutritionnel des femmes vivant dans la pauvreté, voire dans l’extrême pauvreté, cette allocation consiste en un programme de transferts en espèces et de services de protection sociale financé et dirigé par le département des affaires liées aux femmes du ministère de la Femme et de l’Enfant, qui a sollicité et reçoit à cette fin l’assistance technique du Programme alimentaire mondial (PAM). Fondée sur le programme de prestations à destination des mères et des enfants, l’allocation améliorée accorde une place encore plus centrale à la nutrition et à l’adoption des principales bonnes pratiques en matière de nutrition des mères, des nourrissons et des jeunes enfants. Le gouvernement bangladais a demandé à A&T et au PAM d’élaborer la stratégie de communication pour le changement social et le changement de comportement en matière de nutrition du programme d’allocation améliorée. Cette stratégie guide l’intégration d’activités de communication pour le changement social et le changement de comportement en matière de nutrition aux services et aux infrastructures du programme d’allocation améliorée.

Les bénéficiaires reçoivent un soutien d’une durée de cinq ans, du début de la grossesse au quatrième anniversaire de l’enfant. La stratégie nationale de changement social et de changement de comportement établie par A&T définit les pratiques essentielles en matière de nutrition, les groupes de population cibles, les activités et les canaux de communication, les outils relatifs au changement social et au changement de comportement ainsi qu’un cadre de suivi et d’évaluation. L’IFPRI conduit actuellement une évaluation du programme d’allocation améliorée dans huit upazilas de huit zones du pays. En fonction des enseignements qui seront tirés, le gouvernement prévoit d’élargir la mise en œuvre du programme d’allocation améliorée à 64 upazilas d’ici à 2021.

Obstacles rencontrés dans le cadre du processus d’intégration

Les expériences décrites soulignent plusieurs difficultés posées par l’intégration de la nutrition maternelle à des systèmes spécifiques et sensibles aux questions de nutrition. Pour commencer, les établissements de santé, en particulier ceux axés sur les soins de santé primaires, sont confrontés à une charge de travail écrasante ainsi qu’à un manque de personnel et à des lacunes d’ordre logistique. L’intégration de la nutrition maternelle doit donc se faire prudemment afin de mettre en œuvre des services de haute qualité et au taux de couverture élevé. Il pourrait à cette fin être nécessaire d’effectuer un plaidoyer pour pourvoir les postes vacants ou pour réorganiser l’attribution des tâches entre les travailleurs de première ligne actuels (délégation des tâches), ce qui peut s’avérer complexe. Bien que le système actuel comporte deux catégories d’agents communautaires (les assistants de santé de la Direction de la santé et de la planification familiale ainsi que les assistants au bien-être familial), aucun des deux n’est placé sous la supervision des services nationaux de nutrition. Officiellement, les assistants au bien-être familial sont chargés de la communication axée sur la nutrition des mères, des nourrissons et des jeunes enfants, de l’identification de la malnutrition et de la distribution de suppléments en fer et en acide folique au sein des ménages et des communautés. La promotion des outils de planification familiale étant cependant le principal objectif des assistants au bien-être familial, la qualité et le taux de couvertures des services de nutrition des mères, des nourrissons et des jeunes enfants qu’ils fournissent sont limités.   

La mise en place de mesures d’incitation (de nature financière ou non) est importante pour motiver les travailleurs de première ligne et demande de fortes actions de plaidoyer politique en faveur de l’investissement dans des programmes d’incitation. L’Inde fournit un bon exemple de programmes d’incitation destinés aux travailleurs de première ligne ayant été déployés à grande échelle. BRAC continue de recourir aux mesures d’incitation pour améliorer la gestion de la performance des travailleurs. Les mesures d’incitation sont toutefois peu courantes au sein du système de santé publique du gouvernement bangladais, où elles ne concernent que la planification familiale et le programme élargi d’infrastructures de vaccination. Les instances nationales et infranationales pâtissent en outre d’un taux élevé de rotation des travailleurs de première ligne, des superviseurs, des gestionnaires et des responsables, ce qui peut nuire au maintien d’une compréhension commune des questions de nutrition maternelle et d’un engagement collectif en leur faveur.

Enfin, l’efficacité des systèmes de suivi de routine est limitée par une importante charge de travail, un manque de capacités et des difficultés d’ordre technologique qui réduisent la quantité de données disponibles pour orienter la prise de décisions stratégiques en temps opportun en vue d’améliorer la qualité et le taux de couverture des interventions relatives à la nutrition maternelle. À long terme, il sera nécessaire de remédier à ces obstacles afin d’accomplir des progrès significatifs.

Conclusions

La recherche opérationnelle sur l’intégration de la nutrition maternelle à des infrastructures de programmes de grande échelle d’Alive & Thrive a abouti, en un temps relativement court (un an), à des résultats significatifs en matière de taux de couverture des services de nutrition maternelle, de diversité du régime alimentaire des mères, de prise de suppléments en fer et en acide folique ainsi qu’en calcium et de taux d’allaitement maternel exclusif. Les résultats du projet sont probablement attribuables à l’élaboration minutieuse d’un ensemble d’interventions relatives à la nutrition maternelle adaptées au contexte ainsi qu’à la grande qualité et au taux élevé de couverture des services fournis.

En collaboration avec le gouvernement du Bangladesh et des organisations partenaires, A&T a tiré profit des leçons apprises pour accélérer l’intégration de la nutrition maternelle à des programmes spécifiques et sensibles aux questions de nutrition. En tant que prestataire reconnu d’assistance technique et partenaire d’amélioration des connaissances, A&T contribue à l’élan en faveur de l’évolution systémique des principaux domaines de priorité du gouvernement, qui requièrent tous la forte participation des parties prenantes concernées. Ces activités impliquent l’utilisation de données pour orienter les décisions prises par les responsables et les travailleurs de première ligne des districts et des upazilas, le renforcement de la capacité des travailleurs de première ligne à fournir des conseils de haute qualité en matière de nutrition maternelle à l’aide de directives et d’outils, la promotion de pratiques de supervision formative et le renforcement de la participation des communautés en vue de sensibiliser la population à l’importance de la nutrition maternelle. L’objectif est de parvenir à une augmentation durable de la qualité et du taux de couverture des interventions relatives à la nutrition maternelle au sein du système de santé, qui permettrait à long terme d’améliorer la santé et le bien-être des femmes et de leurs enfants au Bangladesh.

Pour en savoir plus, veuillez contacter Deborah Ash à l’adresse : dash@fhi360.org


1 Entre 2004 et 2011, le projet national de nutrition n’a intégré aucun service de distribution de nourriture supplémentaire.

2 BRAC est une organisation internationale d’aide au développement basée au Bangladesh. Voir http://www.brac.net/

3 Les conclusions de l’étude sont exposées dans l’article de présentation de recherche de ce numéro intitulé « Intégration d’interventions nutritionnelles à un programme pour la santé maternelle, néonatale et infantile au Bangladesh ».

4 En cas de réalisation de tous les objectifs supplémentaires, les SS recevaient 1,30 dollar US par mois

5 Alive & Thrive (2017). Implementation Manual: Community-based Maternal Nutrition Program, Bangladesh. Dhaka, Bangladesh : Alive & Thrive.

6 L’Alliance ANJE est un groupe de travail technique sur la nutrition dirigé par le gouvernement et comprenant des organisations partenaires d’aide au développement. D’abord centrée sur l’ANJE, l’Alliance a élargi la portée de son mandat pour tenir compte de la nutrition maternelle, bien qu’elle n’ait pas changé de nom.


Références

Government of Bangladesh (2015). National Strategy on Prevention and Control of Micronutrient Deficiencies Bangladesh (2015-2024).

Black, Robert E. et al. (2013). « Maternal and child undernutrition and overweight in low-income and middle-income countries. » The Lancet, vol382, n9890, p. 427-451.

James P. Grant School of Public Health and National Nutrition Services (2016). State of food security and nutrition in Bangladesh 2015. Dhaka, Bangladesh : James P. Grant School of Public Health and National Nutrition Services.

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Nguyen, P. H., Frongillo, E. A., Sanghvi, T., Kim, S. S., Alayon, S., Tran, L. M., Mahmud, Z., Aktar, B., et Menon, P. (2018), « Importance of coverage and quality for impact of nutrition interventions delivered through an existing health programme in Bangladesh. » Maternal & child nutrition, vol. 14, no 4, e12613. Disponible à l’adresse suivante : https://doi.org/10.1111/mcn.12613

UNICEF et OMS (2019). Low birthweight estimates: Levels and trends 2000–2015. Genève : Organisation mondiale de la Santé, 2019, Licence : CC BY-NC-SA 3.0 IGO.

White, H. (2005). Maintaining momentum to 2015? An impact evaluation of interventions to improve maternal and child health and nutrition in Bangladesh. Washington, D.C., la Banque mondiale.

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Deborah Ash, Zeba Mahmud, Kristen Kappos, Santhia Ireen et Thomas Forissier (). Prestation de services de nutrition maternelle de grande échelle et intégration au système de santé au Bangladesh. Field Exchange 63 French, May 2021. www.ennonline.net/fex/63/nutritionmaternellebangladesh

(ENN_7023)

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